Chapitre 27: L’effroyable vérité

Le cœur de Psiek battait à tout rompre. C’était sa troisième nuit dans le lit du Maître. Elle était en train de limer ses ongles tandis que sa poitrine semblait prête à exploser. Le trac la mangeait de toutes parts. C’était enfin le grand soir.

Elle commença à appliquer de la crème sur les mains douces et froides, massant avec délicatesse. C’était presque devenu une routine. S’occuper de lui. Le masser. Caresser. Appliquer toutes sortes de produits. Veiller à son bien-être et son confort. Comme s’il s’agissait du cristal le plus pur et le plus fragile au monde.

Un dégoût traversa le corps de la combattante. Et puis quoi encore ? Du cristal ? Ce n’était que du verre basique qui se camouflait sous son polissage pour paraître plus beau et plus riche qu’il ne l’était vraiment. Mais quand on le brisait, il redevenait ce qu’il était : basique, fragile et coupant.

Du véritable poison.

Une envie de cracher saisit la jeune femme mais elle se retint. Elle devait continuer d’arborer un sourire dominé et ravi.

Psiek aida ensuite le jeune homme à se changer, après avoir passé un linge mouillé par de l’eau de rose sur son corps. Il ne demandait toujours rien de sexuel. La première nuit, elle avait été effrayée, s’imaginant être tuée le lendemain matin. La seconde, elle était vexée, persuadée de ne pas être au goût d’un tel homme.

Finalement, elle s’était demandé si ce n’était pas un test. Elle se coucha près de lui, faisant mine de s’endormir. Test ou pas, tout cela l’arrangeait réellement. Elle avait hésité à agir la première nuit, mais elle avait craint que l’homme ne soit trop méfiant. Il fallait absolument faire croire à une totale soumission.

Elle attendit de longues heures avant de se redresser, observant le calme de l’endormi. Elle guetta sa respiration un moment, voulant être totalement sûre qu’il ne se réveille pas d’un coup. Chaque parcelle de son corps était tirée à l’extrême. Elle avait l’impression d’être sa propre marionnette. De contrôler son corps tout entier, tout en étant à l’extérieur de celui-ci.

La peur qu’elle ressentait était bien plus intense que lors des combats dans l’arène. Même lorsqu’il s’agissait de combats à mort. Car si d’habitude, elle avait une chance de s’en sortir, ici ce serait foutu en cas de réveil. Celui qu’elle affrontait était au même niveau que Dieu.

Mais contrairement à ce dernier, ce n’était pas de la curiosité qu’elle ressentait, mais une crainte intense…

Inspirant profondément, Psiek se promit que ce serait la dernière fois dans sa vie qu’elle aurait aussi peur. Le règne de ce tyran était terminé. Il allait regretter toutes les mauvaises actions qu’il avait faites et devrait se justifier auprès du Diable en personne.

La jeune femme écarta les cuisses et récupéra difficilement un objet qu’elle avait caché au niveau de son intimité. Le fait que ce monstre ne veuille pas la toucher était une aubaine, puisqu’elle avait pu cacher la clef de sa liberté. Elle déballa l’espèce de petit tissu qui recouvrait l’objet, l’observant avec ébahissement.

Un de ses ongles en forme de lame. Pointu, affuté. Elle les conservait uniquement pour ses combats à mort, avec autorisation du Maître. Autrement dit, c’était un peu comme si le Maître lui avait autorisé de le tuer, n’est-ce pas ? La jeune fille retint de justesse un léger rire. La vie était drôlement ironique parfois.

Elle allait le tuer avec son approbation.

La châtain n’avait pas cette espèce de colle pour appliquer les ongles, mais elle n’en avait pas besoin. Elle glissa avec légèreté ses doigts au niveau du cou, se concentrant. À force de tuer, elle avait fait de nombreux essais. Elle avait pu déterminer avec une assez grande précision où il fallait planter la mini lame pour que le sang coule à flot. Un sang rouge et excitant, elle en était persuadé. Une pensée folle lui vint même en s’imaginant le goût. Jamais la mort de quelqu’un ne l’avait autant excitée.

Dans un sens, elle se dit que ses victimes devaient la remercier de les avoir utiliser pour ça. Elle-même aurait été ravie de contribuer à la mort de cet enfoiré, si elle n’avait pas été la tueuse.

Psiek inspira. Elle glissa tout doucement la pointe vers la gorge… Et l’enfonça d’un geste sec, le retirant tout aussi rapidement pour ne pas empêcher le liquide de s’écouler. Un tremblement d’excitation la saisit tandis qu’elle observa le sang commencer à s’écouler.

Pourtant, l’excitation redescendit bien vite. Elle s’était imaginée aspergée de ce sang impure. Elle avait pensé devoir couvrir la bouche de l’endormi, s’attendant à un réveil brutal et bruyant. Mais l’homme semblait toujours dormir paisiblement. Pire encore : Son sang coulait avec lenteur, et des traces de croûtes se formaient déjà.

Elle n’avait jamais vu aucun sang sécher aussi rapidement.

Un haut le cœur la saisit avec violence tandis qu’elle se recula, descendant du lit et se frottant la tête avec rage. Ce n’était pas une réaction normale. Non. Elle n’était pas experte en morts, mais elle savait qu’il n’était pas sensé réagir comme ça…

Psiek sentit son souffle se couper une seconde. Experte en mort.

Son regard se figea sur le corps devant elle. Un être vivant normal aurait dû agoniser et perdre des litres de sang. Tout s’embrouillait dans son esprit. Les lettres du soumis qu’elle avait pu lire se mirent à la tourmenter. Elle se remémora également un de ses moments d’égarement dans le château, lorsqu’elle avait rencontré ce type, Memphis, et qu’il lui avait montré…

La combattante dût plaquer sa main sur sa bouche pour se retenir de vomir. Elle avait toujours eu tous les éléments bien face à elle. Et pourtant, elle était passée à côté, comme une idiote. L’homme devant elle, le… Maître ? Non, ce n’était pas le Maître. Et ce n’était même plus un homme. Depuis combien de temps ? On s’était joué d’elle. Toutes les personnes ayant mis un pied dans ce château s’étaient faites manipuler.

Sans réfléchir, la demoiselle courut vers la fenêtre, l’ouvrit et se jeta dans le vide. La peur semblait la poursuivre et elle eut une chance incroyable que la douve soit suffisamment remplie d’eau. Elle ne s’inquiétait même plus du bruit qu’elle avait pu faire. Elle voulait juste quitter les Enfers et aller loin. Très loin.

Psiek s’extirpa de l’eau avec peine et commença à courir vers la zone qu’elle avait repéré, la dernière fois, sentant des larmes lui monter aux yeux.

Sans réfléchir, elle comprit également que Prisme lui avait menti. C’était obligé. Tout n’avait été que manipulation depuis le début. Le Maître n’était qu’un cadavre. Une marionnette sans vie. Quelqu’un qu’on n’avait pas eu la décence d’enterrer solennellement. Juste pour l’utiliser à des fins personnelles.

La châtain s’arrêta quelques secondes pour vomir, les larmes dégoulinant sur ses joues. Elle ne savait pas par quel miracle elle y avait échappé, mais elle avait failli coucher avec. C’était son rôle, à la base. Coucher avec un cadavre. Elle avait touché ses mains. Elle les avait embrassées. À cette pensée, une nouvelle nausée la saisit, et la demoiselle vida tout son être.

Elle reprit sa course, se retenant difficilement de ne pas penser à tout ce qui s’était passé, à ceux qui étaient impliquées, à elle… Prisme lui avait-elle menti ? Jusqu’où savait-elle la vérité ? FS… Cela ne pouvait être que Fémence. Nicolae avait beau être un prénom commun, elle aurait dû ouvrir les yeux. Sans compter le nom de Prisme. Et la fois où elle avait été amenée dans cet étrange pièce ?

Psiek s’imagina sans difficulté que cela devait être à cet endroit que l’homme usait de sa magie. Un nécromancien. Il avait fallu qu’elle tombe sur quelque chose d’encore pire que d’une puissance malfaisante comme le Maître. Depuis le départ, ce n’était pas lui qui tirait les ficelles.

Haïssait-il son frère à ce point ? Et tous ces gens à qui il refusait le repos éternel ? Avaient-ils conscience de ce qu’ils étaient ?

Les jambes ensanglantées par les ronces qui arrachaient sa peau à chaque passage, Psiek faiblit. Elle lutta néanmoins contre la douleur et la peur. Elle marchait au rythme des battements de son cœur.

C’était l’Enfer, et la jeune femme voulait s’en éloigner au maximum.

Chapitre 22: Une nouvelle issue?

Psiek passa une main sur son front découvert par une partie du masque, essuyant comme elle pouvait le sang qui l’avait éclaboussée.

La victime face à elle était présente depuis moins de deux semaines. Et elle n’avait absolument rien d’une paysanne ou d’une fille endurcie, bien au contraire. En général, en ce laps de temps, on pouvait acquérir au moins un ou deux réflexes de combats. Ne serait-ce que des réflexes de défense, comme se protéger le visage avec ses avant-bras, et non avec ses mains.

Mais pas elle. Si on lui disait que cette gamine n’était qu’une simple bourgeoise qui venait de débarquer, elle le croirait sans problème.

Elle soupira et secoua la tête. Elle voulait en finir le plus vite possible avec cette perte de temps. Elle avait d’autres choses à gérer. La jeune femme ne pouvait s’empêcher de se demander, depuis une semaine, s’il était réellement normal que Nicolae refuse de coucher avec elle.

Il lui semblait pourtant que seul les Jouets du Maître avaient la possibilité d’être proche de lui, ce qui impliquait… De coucher avec ?

En fouillant dans sa mémoire, Psiek commençait à se remémorer. Oui… Lorsque Fémence avait parlé des différents rangs, il avait précisé que seul le Jouet pouvait apporter des faveurs sexuelles au Maître. Pourtant, il lui avait intimement interdit. Il ne voulait aucun contact physique avec ses parties « trop intimes ». Peut-être que, finalement, l’homme ne lui faisait pas encore assez confiance…

Pourtant, elle n’avait pas vraiment le choix. Elle savait qu’un Jouet ne le restait jamais bien longtemps. Et si elle voulait mener son plan à exécution, elle DEVAIT dormir avec lui. C’était primordial.

Elle devait tout exécuter de nuit. Son plan ne pouvait pas fonctionner autrement.

La Faucheuse soupira, se glissant derrière la pauvre femme qui suppliait qu’on l’épargne. Elle était tellement habituée à ce genre de scène qu’elle était plus agacée qu’apitoyée. La châtain savait qu’elle avait perdu une grande partie de son humanité.

Sa main saisit ses cheveux avec violence, à la base, les tirant d’un coup en arrière pour redresser sa tête, exposant son cou. Elle attrapa un poignard et commença à l’approcher de la gorge, ses yeux se perdant dans la foule pour observer l’impatience et l’excitation grimper. En réalité, elle attendait surtout un signe du Maître. En général, il hochait la tête discrètement pour confirmer qu’elle pouvait exécuter sa victime.

Psiek n’était même pas sûre qu’il se rende compte de ce geste inconscient.

Alors qu’elle allait glisser le poignard pour en finir, un cri retentit parmi les spectateurs, surprenant la demoiselle et faisant lâcher son couteau.

Ses yeux se posèrent sur un homme qui s’avançait dans la tribune, le regard fou et paniqué. Elle fronça les sourcils et attendit une réaction de son Maître. Mais ce dernier ne semblait pas intéressé par le mouvement. Il attendait visiblement que la personne s’exprime.

  • « Ne la tuez pas, par pitié ! Il s’agit de ma sœur… Vous n’avez pas le droit de la tuer ! »

L’homme semblait totalement paniqué. Il expliqua que ses parents avaient offert sa sœur au Maître comme cadeau amical. Mais il était prêt à tout pour la sauver.

Visiblement paniqué, il proposa de racheter Psiek. Il était prêt à donner un prix faramineux pour elle. Si elle laissait la vie sauve à sa sœur, il payerait sa liberté. Elle serait enfin libre.

Le châtain sembla surprise. Liberté. Elle ne l’avait jamais imaginé autrement qu’avec son plan. Elle ne s’était jamais dit qu’elle pourrait enfin partir d’une autre manière.

Son regard se glissa vers le Maître qui ne semblait pas avoir réagi à cette interruption. Il continuait de manger nonchalamment sa grappe de raisin, Fémence se penchant parfois et pouffant de rire, comme si le Maître lui racontait l’une des meilleure blague du siècle. Lorsqu’il tourna enfin son regard vers Psiek, il se contenta de hausser les épaules, comme s’il se foutait de sa décision.

Elle pouvait être libre. Elle avait affronté de nombreuses épreuves, et la solution semblait soudainement si simple… Être rachetée par un autre riche. En l’échange d’une vie sauve.

La Faucheuse sourit et relâcha doucement les cheveux de la victime. Tandis qu’un sourire de soulagement s’installait sur le visage du potentiel acheteur, elle saisit la tête à deux mains et la tourna d’un geste brusque, un craquement sinistre retentissant jusque dans les gradins.

Un hurlement d’effroi s’échappa du frère tandis que le corps de la jeune victime retombait sur le sol dans un bruit sourd.

  • « Mon unique but est de servir mon Maître. Je me fous de la liberté. Je ne vis que pour lui ! » déclara-t-elle d’une voix claire.

Alors que l’homme furieux jurait de se venger et de l’anéantir, Psiek observa Nicolae effectuer un simple geste. Comprenant, elle commença à rejoindre les escaliers des gradins et le rejoignit, s’agenouillant face à lui. Elle saisit délicatement la main tendue et l’embrassa avec délicatesse, jurant que sa vie ne pouvait jurer que par lui.

La combattante ignora les cris de fureur de celui que l’on évacuait de l’arène. Elle devait avouer qu’elle avait été tentée, un court instant. Mais elle comprenait mieux pourquoi elle n’avait jamais envisagé une telle chose dans ses plans.

Jamais le Maître n’aurait accepté une telle chose. Il se foutait de l’argent. Il en possédait bien assez pour un millier de vie. Accepter un tel contrat, ça aurait été signé son arrêt de mort.

Peut-être qu’enfin, elle venait de gagner la confiance de son très cher Maître…

L’homme proposa à Psiek de rester près de lui pendant qu’il regarderait la suite des combats. La jeune femme s’installa au sol près de lui, laissant Fémence la débarrasser de son masque et lui confier une serviette pour essuyer sommairement son visage et son cou tachés de sang.

Elle sentit soudainement une main se poser dans ses cheveux et commencer à la caresser, comme s’il s‘agissait d’un animal. Un animal sauvage. Elle était comme un fauve posé près d’un seigneur tout puissant.

Bien sûr, elle n’avait pas la prétention de s’imaginer ainsi. Mais elle savait que c’était ce que pensaient les autres. Les convives l’observaient avec envie et crainte. Elle était une lionne affamée et dangereuse qui n’obéissait qu’à une seule personne.

S’ils savaient…

 

 

Chapitre suivant.

Chapitre 20: Un pas vers la fin.

/! ATTENTION: Ce chapitre contient une scène violente pouvant heurter la sensibilité de certains-aines lecteurs-rices. Cette scène sera retranscrite en rouge. Ainsi, si vous craignez d’être perturbé par l’écrit, vous pourrez sauter le passage en ignorant la zone rouge.

Je vous souhaite une bonne lecture.

 

Enveloppée par le brouillard de la peur, Psiek s’avançait d’un pas hésitant dans le couloir des invités. Après leur -longue- nuit ensemble, Prisme lui avait donné quelques conseils pour savoir séduire le Maître.

Et vu les privilèges que pouvait avoir la demoiselle dans cet endroit, la châtain lui faisait partiellement confiance… Pas une confiance aveugle, non. Mais assez pour bien vouloir croire à ce genre de choses. Sans compter que la blonde, bien que bisexuelle d’après ses dires -Psiek n’avait jamais entendu parler de ce mot avant- semblait se méfier elle aussi des hommes, pour une raison qu’ignorait la combattante.

La jeune femme regarda autour d’elle avec appréhension, craignant de retomber sur le fameux Baron qui l’effrayait. Elle n’avait toujours pas digéré sa scène qui remontait pourtant à trois jours désormais. Même s’il n’était pas méchant, son cœur en avait bien trop subi depuis son entrée dans le manoir, et elle voulait préserver encore un moment le peu d’innocence qui pouvait lui rester.

S’il lui en restait, bien évidemment…

Psiek s’apprêta à aller jusqu’au fond du couloir, mais son regard se posa sur un jeune garçon qu’elle reconnaissait sans mal : C’était celui qu’elle avait vu lorsqu’elle avait passé un moment dans la… Chambre Pourpre, si elle se rappelait bien ?

Un nœud commença à naître dans le creux de son estomac. Il avait l’air coquet et tenait une serviette entre ses mains. Elle n’avait absolument aucun doute sur ce qu’il allait faire…

Sans réellement réfléchir, elle se glissa derrière une statue et observa la scène. Le garçon s’approchait d’un homme qui lui caressait les cheveux. L’air qui était sur son visage n’annonçait absolument rien de bon. Un air pervers qui n’aurait dû être destiné qu’à des adultes. Pas à des créatures aussi innocentes…

Psiek inspira et ferma les yeux un instant en voyant le duo entrer dans une chambre. La serviette… Sûrement pour essuyer après l’acte. Comme la première fois qu’elle l’avait vu, il avait l’air toujours aussi serein et… Habitué. Aucune crainte. Rien.

Absolument rien.

Poussant un juron, Psiek décida de s’approcher de la chambre. Elle s’était battu depuis son entrée dans le manoir pour survivre. Elle avait sacrifié une partie de sa conscience pour en arriver là où elle était actuellement.

Pouvait-elle réellement tout sacrifier pour sauver cet enfant d’un instant qu’il avait déjà connu ? Qu’il connaîtrait de nouveau par la suite ? Dont il ne semblait même pas choqué ?

La châtain possédait déjà sa réponse.

Elle n’attendit pas et attrapa la poignée de porte, la tournant pour l’ouvrir et… C’était fermé ? Dans un sens, cela semblait logique, mais…

Entendant un cri étouffé, le sang de Psiek ne fit qu’un tour et elle commença à donner de puissants coups d’épaule contre la porte. Elle imaginait déjà le visage tordu du pauvre garçon, la douleur qui le transperçait… Elle donna un énième coup d’épaule et se retrouva dans la chambre d’un coup, tombant au sol tandis qu’un bruit signifia que la porte venait d’être refermée.

Le jeune garçon se tenait derrière elle, visiblement à moitié caché par la serviette… Tachée de sang ? Le regard de la combattante glissa lentement, se tournant vers un corps sur le sol. Du sang s’écoulait d’une plaie mais il était toujours en vie et gémissait de douleur.

Alors que la demoiselle tentait de comprendre, une voix retentit. Une voix qu’elle put reconnaître sans mal.

 

– « Psiek… Je suis surpris de te voir. Au vu de tes nombreux coups d’épaule… Gwenaël, tu as bien refermé la porte ? »

– « Oui Maître. J’ai regardé rapidement, il n’y avait personne d’autre. »

 

Psiek tentait de comprendre. Mais elle ne voyait pas. En tout cas, son Maître était là depuis le départ. Il tenait entre ses mains une longue épée ensanglantée… Était-il celui qui avait blessé l’homme ?

Le Maître sortit une longue corde et, à l’aide du jeune garçon, commença à attacher la victime. Son regard était visiblement froid. Ses gestes étaient parsemés de violence et l’enfant ne semblait pas choqué de la scène. On sentait une habitude dans son regard.

Nicolae demanda ensuite au jeune Gwenaël de se réfugier dans la salle de bain pendant qu’il allait continuer le travail. Il en profita pour glisser son regard sur la jeune combattante. Elle était venue pour aider le petit. Pourtant, elle n’avait reçu aucun ordre. Elle avait donc pris un grand risque.

 

– « Pourquoi es-tu venue ici ? »

– « … Je… Je me promenais et j’ai vu le petit… Je croyais qu’il allait… Enfin… Je ne pouvais pas rester sans rien faire Maître ! Je suis prête à vous obéir aveuglément ! Mais je ne peux pas laisser un enfant se faire violer… »

 

La douce voix de Nicolae s’échappa dans un rire tandis qu’il écartait quelques mèches de cheveux de son visage de porcelaine. Son regard se posa sur elle, visiblement ravi de tels propos.

Il resta un moment silencieux avant d’arracher les bas de l’homme qui gémissait de douleur et suppliait qu’on le laisse partir. Il avait payer une forte somme pour profiter du petit. On l’avait piégé ! Pourtant, il savait de source sûre que d’autres avant lui avaient profité de ce genre davantage. Fémence en personne lui avait confié les prix…

Nicolae lui asséna une forte gifle pour lui sommer de se taire. Il lui cracha au visage avant de se tourner vers Psiek, lui tendant l’épée. Cette dernière n’hésita pas et l’attrapa immédiatement. Elle avait une chance particulièrement insolente et ne comptait pas prendre le risque de tout gâcher à nouveau.

 

– « Je déteste ces êtres méprisants qui éprouvent une quelconque attirance pour les enfants… Ils ne devraient pas exister. Ils méritent une punition exemplaire, n’est-ce pas ? »

 

Un sourire presque fou sembla traversa son visage. L’homme ne ressemblait plus à ce Maître calme et presque impassible. Non, bien au contraire. Le masque de la vengeance s’était installé. Il n’y avait plus qu’une envie de sang et de douleur qui le traversait.

Regardant la lame, Psiek avait peur de comprendre. L’arène ne suffisait plus. On allait lui confier une autre mission. On allait la pousser à un autre acte de violence.

Et ce sexe pendant lamentablement et dénudé était forcément ce qu’elle devait supprimer.

Nicolae ne prononça pas un mot mais se contenta de l’observer. La jeune femme ne comprenait toujours pas pourquoi le Maître en personne se chargeait de ce genre de cas. Un être aussi important… Vouait-il une haine assez grande pour vouloir punir lui-même.

Il était clair que oui.

D’un geste précis, la Faucheuse saisit le sexe d’une main et le découpa, ignorant le cri strident. Elle sentit la main du Maître l’effleurer et récupérer l’organe mou qu’il enfonça avec hargne dans la bouche du futur macchabée. Elle grimaça en voyant l’homme attraper le crâne et le forcer à effectuer un mouvement de mastication, le faisant donc manger son propre sexe.

Psiek déglutit difficilement, écœurée par la scène. Elle était d’ailleurs rassurée de pouvoir encore éprouver une telle sensation.

Elle l’avait donc encore, cette petite part d’innocence ?

Alors que l’homme commençait à s’étouffer, son corps remuant de plus en plus dans une lutte vaine contre la mort, la châtain laissa son regard croiser celui du Maître. Un sourire qu’elle n’avait jamais pu observer avant cela. Quelque chose lui disait qu’elle effleurait finalement son but, du bout des doigts. Prisme avait-elle prédit une telle situation. Était-elle au courant de ce qui se passait ?

Elle lui avait simplement demandé de se retrouver dans ce couloir et de chercher une chambre qui attirerait son attention…

Psiek se sentait effrayée. Jamais elle n’avait autant approché la fin de son calvaire. Et pourtant, tout d’un coup, elle avait l’impression d’être passée dans une étape bien plus dangereuse que tout ce qu’elle avait connu jusqu’alors.

En regardant le corps désormais sans vie à ses pieds, la demoiselle se confronta à un potentiel futur : Elle n’avait jamais été si proche de la mort qu’aujourd’hui.

 

Chapitre 21

Chapitre 18: Une nouvelle faille dans le plan

Chapitre précédent: Ici.

Cher lecteur, tu remarqueras l’absence du chapitre 17, et ce n’est pas accidentel. Il ne sera disponible que sur la version papier, mais son absence n’empêche en rien la compréhension de ce livre.

 

 

Un râle sembla s’échapper de la principale pièce d’eau des combattantes, provoquant un frisson de terreur chez tous ceux qui passaient devant. Les quelques gémissements que l’on pouvait entendre étaient entrecoupés de bruits de liquide et du son sourd du bandage que l’on enroule autour du bras.

Personne n’osait toquer à la porte, sachant pertinemment ce qui s’y déroulait.

Psiek poussa un profond soupire et mordit dans un bout de bois, laissant couler un fluide dont la forte odeur de miel lui donnait la nausée et lui tournait la tête. Un gémissement étouffé s’échappa de ses lèvres, tant la douleur était puissante. Elle pensait pourtant être habituée… Pourtant, tout semblait plus éprouvant au fur et à mesure. Comme si son corps se refusait de s’habituer à cette vie.

Prenant son courage à deux mains, la châtain attrapa avec une pince un morceau de fer qui était chauffé à l’aide d’un petit feu. Elle déglutit avec difficulté et l’appliqua soudainement sur une plaie de sa cuisse, laissant un cri puissant s’échapper de sa gorge, lui écorchant les cordes vocales de par sa puissance…

Mais la plaie était refermée.

Haletante, la pauvre combattante termina d’enrouler chacune de ses plaies, chassant d’un revers de mains les larmes qui s’étaient écoulées sur son visage. Même si elle avait gagné le combat, il avait été particulièrement atroce. Autant pour elle que pour son adversaire. Un invité avait payé le prix fort pour qu’on ordonne à la Faucheuse de pratiquer certaines sévices sur sa victime. Et cette dernière était non seulement puissante, mais aussi animée par la volonté de ne pas souffrir. Aussi, elle s’était battue plus farouchement qu’une lionne.

Pourquoi ?

Tout cela n’avait qu’un seul but. Amuser une galerie d’abrutis qui n’avaient sûrement rien vécu de pire que de se prendre une bête écharde dans le doigt. Et gonfler l’orgueil de l’Hôte qui pouvait se vanter de faire tout ce qu’il désirait de la vie de ses victimes. Il était un dieu dans un monde de pauvreté et de terreur. Un dieu minable et détesté. Mais un dieu tout de même…

Une fois les plaies soignées, la pauvre châtain se rendit malheureusement compte que la douleur lui avait fait oublier un détail important : Elle était encore couverte de sang, hormis sur ses plaies justement, et elle ne pouvait décemment pas dormir ainsi. Elle défit donc tout son travail, regardant les bandages gâchés tomber silencieusement sur le sol, glissant ensuite une jambe dans l’eau exceptionnellement tiède du bain. Même si le froid était préféré pour une « belle peau », on lui permettait parfois d’augmenter la température de son bain, notamment en cas de blessures profondes.

Un mal pour un bien.

Un soupire d’aise s’échappa de ses lèvres, tandis que la combattante usée laissait sa tête tomber délicatement sur le rebord de la baignoire, laissant quelques mèches s’humidifier au contact de l’eau. Cette dernière lui piquait délicatement les plaies, mais la sensation était presque un plaisir comparé à ce qu’elle avait dû subir auparavant. Ses yeux glissaient d’un bout à l’autre de son corps, constatant les dégâts avec une grimace. Son corps devenait une toile de cicatrices. Même s’il s’était musclé avec le temps, il représentait surtout un temple de douleur et de désastre.

Que pouvait-elle dire ?

Tandis que ses mains commençaient à glisser sur son corps avec précaution, chassant le sang séché qu’elle avait oublié, le bruit de la porte parvint à la faire sursauter. Contrairement à ce qu’elle aurait pu imaginer, Fémence n’était pas venu pour la taquiner, ni même quémander l’accès à son corps, malgré ses blessures. Non :

Une étrangère se tenait à l’entrée.

Une femme à la peau sombre, rappelant le chocolat que Psiek avait pu observer une fois sur le plateau de Fémence, des cheveux d’un magnifique blond parsemés de quelques mèches roses, montées en deux couettes hautes… Le plus perturbant étaient les yeux d’un noir intense qui semblait la sonder. Si Psiek avait été dans une autre position, elle aurait pris plaisir à se renseigner sur la demoiselle.

Les étrangers étaient rares, et malgré les remontrances de ses parents, Psiek avait toujours désiré converser avec eux et en apprendre plus sur leur vie. La jeune femme était persuadée qu’ils avaient d’innombrables choses à lui apprendre, des coutumes, des histoires, une façon de penser différente… Mais ici, il n’était malheureusement pas question de se montrer amicale, ni curieuse. Elle ne devait pas oublier qu’elle était sur un territoire où sa vie se jouait à chaque instant.

De plus, la personne face à elle semblait porter de somptueux vêtements. Une magnifique robe parsemées de dentelles et de froufrous, qui rendraient jalouses les coquettes les plus modernes de la Grande Capitale. Ainsi qu’une broche proche d’une poitrine relativement plate. Une broche dorée et parsemée de petites pierres précieuses.

Même les paons n’avaient pas droit à de pareils attraits, alors que leur but premier était pourtant de régaler les yeux des convives…

Alors que la demoiselle s’apprêtait à demander ce que voulait la nouvelle venue, cette dernière lâcha un petit rire légèrement rauque qui apaisait malgré soi. L’inconnue s’approcha de quelques pas, lorgnant de haut en bas ce qui semblait être sa nouvelle proie. Elle commença ensuite à tourner autour du bain, comme pour mieux capter les différents détails qui s’offraient à elle.

Psiek ne put s’empêcher de se sentir mal à l’aise face à ce regard perçant et calculateur. Elle le reconnaissait sans peine. C’était le même qu’avaient certains invités quand ils la regardaient combattre : Un regard remplis d’envie. Et pas une envie innocente.

Pourtant… C’était une femme, en face d’elle. Non pas qu’elle se sentait écœurée d’un tel regard, mais jamais aucune femme ne l’avait regardée ainsi auparavant. Et elle n’était pas sûre d’en avoir envie. C’était bien trop perturbant par rapport à ses habitudes. Des hommes, pourquoi pas… Mais une femme ?

 

– « On ne m’avait pas menti. Tu es très intéressante ma belle… J’aimerai t’avoir pour une soirée. » lâcha la blonde en chantonnant.

 

Psiek eut un sursaut exagéré et bougea rapidement dans la baignoire pour se retrouver à l’opposé de sa prédatrice, glissant une main sur ses seins pour les camoufler. Le rouge avait gagné ses joues et elle avait si chaud qu’elle se sentait capable de rivaliser avec le soleil.

Néanmoins, contrairement à ce qu’elle aurait pu penser, elle ne ressentait aucun dégoût. Juste une légère inquiétude. Comment était-elle entrée ? Comment avait-elle pu se le permettre ? Et surtout, pourquoi avait-elle ce genre de penchant ? Pour être honnête, elle-même avait reconnu la beauté de certains paons. Mais justement, Psiek n’en était pas un. Elle n’avait pas leur grâce, la peau fine et délicate, semblable à du lait. Si on devait la placer dans le monde animal, elle serait un cheval de trait, là où les autres filles étaient de purs sang arabes.

Déjà que la combattante ne comprenait pas comment des hommes pouvaient désormais être attirés par son corps balafré…

La pauvre jeune femme sentit son cœur tressauter en voyant que son alter ego à la peau d’ébène avait repris son chemin vers elle. Psiek hésita un peu, sachant qu’il ne servirait à rien de passer d’un bout à l’autre de la baignoire. Elle décida donc de la laisser s’approcher totalement d’elle, la regardant se pencher puis attraper son menton avec une certaine délicatesse.

Il n’y avait aucune difficulté à établir la différence entre elle et Fémence.

La châtain rougit en sentant les yeux de l’étrangère la scruter davantage, détournant le regard sur le côté et priant pour que cela soit vite terminé. Mais visiblement, ce n’était pas la volonté de l’autre, bien au contraire. L’inconnue continuait de glisser ses yeux le long du visage de la combattante. Elle observait ses yeux retroussés, son petit nez qui l’était également, ses lèvres qui ne semblaient jamais être capables de former un sourire…

Un de ses doigts glissa sur la joue, caressant une cicatrice qui s’était récemment refermée. Pas de doute. Elle voulait vivre. Quitte à en souffrir. Quitte à perdre son corps. Il s’agissait d’un acte réfléchi et volontaire. Aucune forme de folie, comme on avait pu lui suggérer. Non. La folie n’avait pas sa place dans cet endroit dénué de raison. Les fous ne vivaient jamais assez longtemps pour pouvoir le revendiquer.

Elle était saine d’esprit. Et avait visiblement un plan bien rodé. Il fallait être stupide pour ne pas le voir. Et pourtant, elle s’y tenait fermement. Malgré les regards. Malgré les doutes qui pesaient sur elle. Car elle le sentait forcément.

Oui… Sa volonté de vivre dépassait l’entendement.

 

– « Je lui demanderai de me laisser une soirée avec toi. Il me doit bien ça… » susurra finalement la demoiselle, après avoir caressé le visage de sa proie un petit moment.

 

Psiek fronça les sourcils, hésitant un peu. Il lui devait bien ça ? Sans savoir réellement pourquoi, elle se doutait que la nouvelle venue lui parlait de l’Hôte. Du Maître. Elle ne pouvait parler que de lui. Elle ignorait les liens qui les réunissaient, même si elle avait certains doutes…

Elle secoua finalement la tête, déclarant qu’elle se porterait très bien sans passer de soirée avec elle. Elle ajouta par ailleurs avec ironie qu’elle ne connaissait pas son nom et que ses parents lui avaient toujours ordonné d’éviter les inconnus. Et elle se garda bien de préciser qu’elle ne les écoutait pas, à l’accoutumée. Étrangement, aujourd’hui, elle se sentait prête à écouter leurs recommandations intolérantes…

Malheureusement pour elle, alors qu’elle allait repousser la main de la jeune femme, la porte s’ouvrit sans aucune douceur, annonçant la venue d’un rouquin qu’elle ne connaissait que trop bien. Un soupire s’échappa de ses lèvres. Quand pourrait-elle prendre un bain tranquille, sans subir des dizaines d’inconnus, leurs yeux posés sur sa nudité ?

Probablement jamais.

Fémence afficha un sourire visiblement ravi, se rapprochant des deux demoiselles. Il remercia la nouvelle venue d’être présente et la serra dans ses bras, montrant qu’une proximité existait entre eux depuis un petit moment.

Psiek sentait qu’elle avait bien fait de ne pas envoyer totalement paître l’inconnue.

Le roux se tourna vers elle et sembla froncer les sourcils un instant, avant de reprendre son éternel sourire de façade. Il expliqua à la demoiselle que la jeune femme ici présente se prénommait Prisme, et qu’elle était une proche particulièrement appréciée du jeune Maître. Il attendait donc d’elle un comportement exemplaire et particulièrement avenant. Il n’accepterait aucun refus de sa part, ni aucune contrainte…

 

– « Vois-tu, nous tenons tous énormément à elle. Si tu venais à faire quoique ce soit qui pourrait la contrarier… Et bien, tout ce que tu as su construire à ce jour retomberait en poussière, comme un simple château de sable. Est-ce bien compris ? »

 

Chapitre 19

 

Chapitre 16: Souvenirs lointains

« Étais-tu heureuse dans ta famille ? » demanda la servante, curieuse.

Ses yeux fixaient Psiek qui semblait ne pas savoir répondre. S’il y avait bien une chose que la petite servante avait appris au fil des ans, c’est que la majorité des femmes présentes, et encore en vie, avaient eut une vie heureuse et égoïste dans leur famille. Choyées, gâtées…

La châtain observa silencieusement la blonde. Heureuse ? Une chose était sûre, elle n’avait pas été malheureuse. Ses parents ne la traitaient pas vraiment mal, mais il était difficile de parler de pur bonheur quand on était paysanne. Il fallait se lever tôt, travailler dur, les plaisirs étaient rares et vivement critiqués par moment. Elle avait par exemple toujours caché qu’elle n’était plus vierge.

Une femme qui avait goûté au péché sans être mariée, c’était très mal vue. Elle enviait souvent les hommes sur ce point…

­ « Je n’étais pas malheureuse en tout cas. La vie était parfois difficile, mais mes parents m’aimaient », répondit-elle finalement, après quelques minutes de silence.

Depuis quelques jours, la demoiselle s’était retrouvée dans une chambre au niveau du premier étage. Elle pouvait voir la nature par sa fenêtre et avait même une servante attitrée qui venait s’occuper d’elle une fois par semaine.

Même si la tueuse ne voulait pas s’habituer à trop de confort, elle devait reconnaître qu’il était agréable de se faire choyer par moment. Et au moins, quelqu’un prenait soin de son corps et cela évitait à Fémence de sortir une énième remarque sur le manque d’élégance…

Même si Psiek refusait toujours de quitter ses poils. Le roux avait d’ailleurs fini par comprendre puisqu’il ne lui en parlait plus. Il avait même reconnu la douceur de ceux-ci. Parfois, la demoiselle avait l’impression qu’elle avait réussi à le conquérir tout en restant elle-même. Oh non, pas son esprit, évidemment. Personne ne le pouvait. Ni son cœur. Mais elle avait réussi à s’immiscer dans ses goûts, à lui apprendre à aimer son corps tel qu’il était, sans aucune retouche.

Elle avait appris à lui faire tolérer ses poils et à les apprécier à leur juste valeur.

Pourtant, elle savait que ce n’était pas le cas chez les autres femmes. Fémence continuait de les critiquer vivement si elles oubliaient ne serait-ce qu’un poil de sourcil. Mais pas chez la châtain.

L’homme avait dit qu’il s’agissait de simple flemme pour les autres. Mais pas pour Psiek.

Cette dernière n’était pas sûre d’avoir tout compris… Mais elle n’avait clairement pas le luxe de plaindre les autres. Si on ne se montrait pas un minimum égoïste, ici, on était fichu.

La servante continua de travailler sur les cheveux de la demoiselle, appliquant une drôle de poudre. D’après elle, cela permettait de les nettoyer sans les agresser trop souvent. Psiek n’avait pas tout compris et s’en fichait un peu, à vrai dire. Quand on était paysanne, ce n’était pas le soin du corps qui venait en premier. Pour le peu que l’on pouvait faire, de toutes façons…

La châtain se laissa transporter par ses pensées et ses souvenirs.

Est-ce qu’elle était heureuse avant ?

La demoiselle se souvenait que ce n’était pas la voix de sa mère qui la réveillait le matin, mais la puissance du soleil qui l’aveuglait. Quand elle avait de la chance, quelque chose le camouflait à moitié, et elle pouvait se réveiller en douceur. Mais en général, sa mère ouvrait les volets d’un geste sec et lui ordonnait d’aller ramasser les bouses des animaux, pour pouvoir préparer l’engrais.

La demoiselle devait donc lutter contre les nausées pour s’affairer à sa tâche, juste après avoir sorti le bétail pour manipuler la litière souillée. Elle devait toujours gardé un œil sur les deux vaches, les trois montons et les quelques poules qui tentaient de picorer un ver de terre ou deux.

La paysanne menait ensuite les bêtes plus loin, vers la forêt, où elle connaissait une pâture garnie d’herbes, après avoir remis les poules dans le bon enclos. Évidemment, elle ne pouvait pas juste se reposer en gardant les animaux. Sa mère lui donnait toujours du travail manuel à faire, sans compter les herbes et champignons à trouver tout autour d’elle.

Elle tissait maladroitement la laine des bêtes pour former des pelotes, s’arrêtant parfois pour guetter dans les arbres ou les herbes hautes, à la recherches d’un fruit ou d’une racine à grignoter. Quand elle avait de la chance, elle tombait sur un coin de pissenlit, trouvait une pomme de terre sauvage ou quelques joncs. Elle allumait alors un feu et les faisait cuire, faisant généralement griller l’un des aliments en rattrapant un mouton qui était allé trop loin. Mais c’était toujours mieux de manger quelque chose de brûlé, plutôt que rien du tout.

Parfois, on envoyait quelqu’un prendre le relais. Cela signifiait généralement que ses parents l’avaient louée à une autre famille, pour remplacer un enfant trop fatigué ou malade. Elle devait alors travailler deux fois plus dur pour mériter le bout de pain qu’elle allait ramener. Son père savait qu’elle était payée à la tâche et n’acceptait jamais de la laisser rentrer quand le morceau était trop petit.

Il n’était pas méchant, elle le savait. La vie était juste trop dure.

Psiek avait parfois pensé à vendre son corps. Par crainte de la réaction de son père, lorsque son gain n’était pas assez fourni. Mais il fallait se débarrasser de ses poils. Pour éviter les grumeaux de spermes, diminuer le risque de maladie, d’après les rumeurs. Et surtout parce que les hommes des alentours préféraient payer des puterelles, car elles étaient réputées pour être moins chères que les femmes.

C’était en tout cas ce qu’ils prétendaient, même si la jeune femme savait au fond d’elle ce qu’ils désiraient vraiment : Pas économiser, non. Coucher avec des enfants.

Elle avait finalement repoussé l’idée et s’était débrouillée pour travailler davantage. Même les plus radins finissaient par reconnaître qu’elle travaillait fort. De la corne avait fini par se former sur ses mains et ses pieds. Ses hanches étaient devenues plus épaisses, ses épaules plus carrées. Elle avait su transformer son corps non pas pour séduire, mais pour réussir.

C’était elle qu’on demandait avant-tout.

Certains jeunes hommes avaient fini par céder aux charmes de son corps. Elle recevait parfois de la nourriture en plus, comme des sortes d’offrandes. Elle avait alors pu manger davantage à sa faim. Son ventre s’était épaissi, ses seins avaient un peu gonflés, même si sa mère lui répétait parfois qu’il s’agissait d’un don de Dieu.

Mais tout croyante qu’elle était, elle doutait que Dieu perde son temps pour simplement lui ajouter de la poitrine. Mais ça, elle ne l’avait jamais dit. La demoiselle n’était pas assez folle pour oser prétendre que Dieu n’était pas derrière chaque action.

Mais tout ça, c’était bien avant. Avant que deux hommes ne débarquent au milieu de la forêt, alors qu’elle gardait les bêtes. Avant qu’ils ne la traînent de force et ne lui cogne l’arrière du crâne. Ils l’avaient jetée dans une sorte de coffre et n’avait pu sentir que les bosses sous les roues de la charrette. Ses yeux ne voyaient que le noir profond et un futur bien flou. Ses oreilles n’entendaient que les rires gras des deux kidnappeurs, et sa voix intérieure qui lui reprochait de ne pas avoir été assez pieuse.

Ses mains ne sentaient que le bois. Un bois qui écorchait ses genoux, mal taillé, donc des échardes s’échappaient pour se planter méchamment dans sa peau.

Psiek avait perdue une vie certes misérable, mais qu’elle avait su forger de ses mains, pour une survie où seul le sang et la mort garantissaient son existence.

­ « Mademoiselle ? Mademoiselle Psiek ? » interpella la domestique, un peu perdue.

La mentionnée rouvrit les yeux et la regarda avec rage malgré elle. Ses pensées avaient réveillé son instinct de tueuse. Elle se calma néanmoins en captant l’air apeuré de la jeune fille. La demoiselle secoua la tête, lui demandant ce qu’elle voulait.

Elle la laissa finalement sortir de la chambre, comprenant que la petite avait simplement terminé son travail.

Enflammée, la châtain se leva et s’approcha du grand miroir de sa chambre. Elle contempla ses hanches toujours aussi larges, sa fière poitrine qui se dressait sous le linge fin laissant deviner les pointes dressées par le frisson qui l’avait parcourue, ses cheveux d’un dégradé anarchique et ses poings abîmés par les nombreux combats.

On l’avait forcée à devenir ainsi. Elle ne savait pas si elle détestait ou admirait son reflet dans le miroir. Mais ce n’était toujours pas assez. Pas assez. Il fallait qu’elle devienne bien plus que tout cela. Elle devait encore grandir, se renforcer. Devenir la joker caché de cette partie de carte.

Son poing s’écrasa dans le miroir, le brisant en mille morceaux. Psiek ignora le sang qui coulait, la douleur n’étant que superficielle. Elle observait simplement les centaines de reflets de son visage. Peu importe les blessures et les cicatrices.

Elle continuerait d’arborer cet air enragé. Même lorsqu’elle pourrait enfin tuer le Maître.

 

Chapitre 17 Chapitre 18

 

Chapitre 15: Un petit secret

Chapitre précédent: Chapitre 14: Instinct dangereux.

Son regard glissa délicatement sur les draps de soie qui couvrait le corps endormi près de lui. Encore une fois, il s’était particulièrement ennuyé durant ce petit moment de folie. Elle avait été si soumise. Bien trop soumise…

Un soupire s’échappa de ses lèvres tandis qu’il se leva, enfilant son pantalon et sa chemise avant de sortir de la pièce. Depuis qu’il avait goûté à la sauvagerie de la tigresse, les autres femmes lui semblaient bien trop… Délicates ? Non, ce n’était pas le mot. Parfois, Psiek savait se montrer délicate, sous ses airs bourrins.

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Chapitre 10: Rapprochement inattendu

Hola lecteur ou lectrice. Sache qu’un passage de ce chapitre a été coupé car il comportait une scène de sexe décrite. Mais sache que tu pourras le découvrir à la sortie du livre, lorsque tous les chapitres seront parus sur ce site. Je te remercie de ta compréhension! Bonne lecture 😉

Psiek gardait les yeux fermés, profitant du bruit de fond pour se détendre. Deux longs mois s’étaient passés depuis qu’on lui avait donné un nouveau rang. La Faucheuse. La seule et unique. Et pourtant, elle n’avait pas encore eut à combattre sous ce visage. Sous ce rôle.

Les combats s’étaient enchaînés tranquillement. Elle avait été blessée un grand nombre de fois, mais elle remportait toujours la victoire. La châtain se relevait chaque fois. Peu importe ce qui lui arrivait. Une part de son esprit se refusait à se laisser aller. Son corps était devenu esclave de tout son intellect.

Elle ne pouvait plus respirer à cause d’un coup violent dans l’estomac ? Elle ignorait la douleur et se forçait à se relever et à avaler une grande bouffée d’air.

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Chapitre 8: Le quotidien d’une Harpie

Hola lecteur ou lectrice. Sache qu’un passage de ce chapitre a été coupé car il comportait une scène de sexe décrite. Mais sache que tu pourras le découvrir à la sortie du livre, lorsque tous les chapitres seront parus sur ce site. Je te remercie de ta compréhension! Bonne lecture 😉

« Tiens, j’espère que cela t’aura servi de leçon. »

Fémence tendit un bandeau noir, attendant que la jeune femme face à lui le récupère. Elle avait encore été trop loin et n’avait pas suivi correctement les règles. Il était obligatoire de la punir dans ce genre de cas. Le maître était particulièrement clair là-dessus. Si elle n’était pas disciplinée correctement, il n’osait pas imaginer jusqu’où elle irait. Elle avait beaucoup être jalouse, elle devait apprendre à se calmer…

Mérisse soupira et s’excusa simplement, replaçant le bandeau sur son œil droit. Elle détestait devoir rester sans cet objet. Mais elle connaissait les règles. Elle devrait juste se montrer un peu plus discrète la prochaine fois… Surtout avec cette satanée nouvelle qui prenait bien trop ses aises à son goût. Elle ne l’aimait vraiment pas. Elle avait hâte que le maître s’en débarrasse. Elle restait sa préférée, après tout. La seule et l’unique…

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Chapitre 6: Spectacle macabre

Psiek déglutit avec difficulté, sentant le stress monter encore d’un cran. Elle commençait presque à regretter son pari…

On avait fait venir des femmes pour compter les poils de la jeune fille, et le nombre ne semblait jamais cesser d’enfler. Une seule jambe avait déjà dépassé plusieurs centaines, et l’on avait poussé le vice jusqu’à compter la secondes jambes. Des milliers et des milliers de coups de fouets s’annonçaient pour la demoiselle. Habituée à sa propre pilosité, elle n’aurait jamais cru qu’un si grand nombre de poils la parsemait. Elle n’allait pas survivre. Resterait-il au moins un morceau de chair pour l’enterrement ? Elle en doutait sérieusement.

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Résumé Le Jouet

Devenir l’un des objets de l’Hôte est l’une des pires choses qui peut vous arriver dans ce monde. Et malheureusement pour elle, Psiek va voir sa vie changer radicalement après avoir été kidnappée.
Marquée à jamais, elle va devoir apprendre à survivre dans un monde où la femme n’a aucun droit, si ce n’est celui de satisfaire l’Hôte. Qui est-il? Peu importe. Psiek est prête à tout pour arriver à ses fins, même s’il faudra un jour aller trop loin. Les limites, elle n’en a plus.

La marque de l'Hôte