Chapitre final: Un bonheur avorté

Psiek sentit ses yeux se remplir de larmes en voyant le paysage qui défilait en bas de la colline. Elle avait eu beau espérer depuis le début, elle n’y avait jamais totalement cru. Et pourtant, elle était là.

Devant son village.

Elle ne savait pas durant combien de jours elle avait pu marcher. Elle avait ignoré la douleur qui tenaillait ses pieds. Elle avait parfois oublié de se nourrir. Une seule pensée l’obsédait : Retrouver sa famille et son village.

Et voilà qu’elle y était enfin.

Psiek debout qui pleure de joie

La demoiselle commença à descendre avec prudence, se demandant comment réagiraient ses parents. La croyaient-ils morte ? Avaient-ils eu un peu d’espoir ? Elle espérait sincèrement ne pas les effrayer. Ils allaient sûrement avoir l’impression de se retrouver face à un fantôme. Croyants comme ils étaient…

Psiek pressa davantage le pas et trébucha sur une pierre, dégringolant sur la pente et s’écorchant profondément les genoux. La jeune femme resta face contre terre quelques instants avant de lâcher un petit éclat de rire, amusée. Serait-ce désormais les seules douleurs qu’elle connaîtrait ? Ces écorchures qui l’effrayaient tant petite… Elles lui semblaient tellement dérisoires désormais. La demoiselle était même presque heureuse de retrouver cette douleur.

Cette joie innocente qui faisait fuir la crainte incertaine de la mort.

La liberté avait un goût réellement délicieux.

Après s’être un peu calmée, la châtain se releva et reprit sa marche. Le soleil commençait déjà à descendre dans le ciel. Elle était certaine qu’il y aurait au moins sa mère à la maison. Elle devait déjà s’occuper du maigre repas de la soirée. Psiek s’imaginait une soupe de choux fumante, avec quelques rares bouts de pommes de terre.

Si ses parents avaient eu de la chance, le prêtre aurait reçu quelques morceaux de pain de la part du seigneur du coin et les aurait distribué. Elle imaginait parfaitement son père émietter méticuleusement les petits bouts dans la soupe et dire « Le bon Seigneur a eu pitié de nous ! ». Il le faisait à chaque fois.

L’ancienne combattante chassa ses larmes d’un revers de main. Même s’il s’agissait de joie, elle ne voulait pas les laisser couler. Pas aujourd’hui.

Un soupire de nostalgie s’échappa de ses lèvres en voyant de la fumée s’évader de la cheminée de la maison. Elle voyait son père occupé à rentrer les bêtes. Elle fut un peu surprise de le voir sourire, mais ne s’y attarda pas davantage. Elle n’avait pas compté les jours depuis sa disparition, et elle ne se voyait pas en vouloir à ses parents d’avoir essayé de faire leur deuil le plus vite possible.

Non, elle devait les comprendre. Ils avaient tant à faire, ils devaient se forcer à penser à autre chose.

Psiek s’approcha de la porte arrière et toqua. Un frisson la parcourut en entendant la voix de sa mère lui prier d’attendre. Lorsque la porte s’ouvrit, aucun mot ne put franchir ses lèvres.

Elle était là. Devant elle. Sa mère.

Cette dernière eut tout d’abord comme un choc. Un léger cri s’échappa de ses lèvres et son mari accourut, paniqué : Une fois sur place, le choc fut tout aussi grand pour lui et il dut se rattraper à un meuble pour ne pas flancher.

La châtain trouva le temps étrangement longs. Comme prévu, malheureusement, ils avaient l’air de croire à une véritable revenante. Et elle ne pouvait pas leur en vouloir : elle avait eu elle-même la preuve qu’ils existaient bel et bien.

  • « Papa…  Maman. C’est moi. On m’a kidnappée… Mais je me suis enfuie ! J’ai réussi ! »

Psiek tendit ses bras. Quelques secondes passèrent encore avant que ses parents ne réagissent enfin et ne la prennent contre eux. La mère sentit quelques larmes couler sur ses joues, murmurant plusieurs fois le nom de sa fille. Elle lui embrassa le front, choquée. Elle pouvait voir des cicatrices sur son corps et son visage.

Le père de la combattante proposa de s’assoir à table. Sa fille semblait blessée et épuisée. Mais elle était en vie… Il la guida vers la pièce commune, semblant gêné. Il récupéra finalement une chaise dans la chambre puisqu’il n’y en avait plus que deux pour s’assoir.

  • « Comment as-tu fait ? Nous te croyions perdue pour toujours… »
  • « C’est une très longue histoire. Mais je me suis battue. Pour vivre. Et vous retrouver. Vous m’avez manqués… »
  • « Gislebert, voyons ! Notre fille doit être épuisée… »

La mère de Psiek lança un regard à son époux avant d’installer une troisième assiette, servant tout le monde en tremblant. L’émotion semblait encore l’habiter. Elle espérait qu’il ne s’agissait pas d’une farce du Diable pour la tirailler.

Gislebert hésita un peu et commença à manger sa soupe, tentant de poser des questions à sa progéniture. Mais Hermine, sa femme, le rappelait sans cesse à l’ordre, la main éternellement posée sur son ventre. C’est à ce geste que Psiek tiqua, hésitante.

Ses yeux se glissèrent sur le corps de sa mère. Elle remarquait alors qu’elle était plus robuste qu’avant sa disparition. Ses seins avaient gonflés. Ses bras s’étaient épaissis. Et il fallait faire exprès pour ne pas voir que son ventre s’était arrondi… Et vu la taille de ce dernier, elle devait déjà être enceinte avant son enlèvement.

Pourtant, ses parents ne dirent aucun mot sur le sujet. La châtain était perturbée. Elle savait que sa mère ne parlait jamais de ses grossesses. La demoiselle s’était toujours souvenue de deux accouchements difficiles et s’étant conclus sur deux morts-nés. Hermine n’avait jamais dit grand mot sur eux pendant qu’elle les portait. Ni après. Comme si elle était habituée à ce que ses couches se finissent mal. Ou comme si elle savait d’avance comment elles finiraient.

Mais s’il y avait bien une chose que la Faucheuse avait retenu, c’était que sa mère ne pouvait s’empêcher de se plaindre de ses maux de dos et de ses courbatures. Par ailleurs, elle devinait sans mal les grimaces que tentait de camoufler sa génitrice.

Elle secoua la tête, persuadée que sa mère ne voulait simplement pas l’accabler avec trop d’informations d’un coup. Et elle le comprenait parfaitement. Pourtant, quelque chose clochait dans sa tête.

  • « Je ne suis pas sûre de pouvoir rester… Ceux qui m’ont attrapée… Ils vont peut-être revenir dans le coin. Pour voir si je n’y suis pas. »
  • « Ma chérie, tu viens à peine d’arriver ! Reste au moins une semaine ou deux, nous verrons ensuite, d’accord ? »

Psiek hocha simplement la tête. Elle ne trouvait vraiment pas l’idée raisonnable. Même si elle voulait revenir ici et vivre sa vie tranquillement, elle savait qu’elle devait se méfier. Le Maître n’était pas « mort ». Et celui qui tirait les ficelles n’allait sûrement pas accepter qu’elle leur ait joué ce si vilain tour.

Il lui était néanmoins inconcevable d’expliquer tout ceci à ses parents. Croyants comme ils étaient, la simple mention d’un nécromancien pourrait les foudroyer sur place. Elle-même était surprise de pouvoir encore raisonner sans crainte après une telle information.

La demoiselle termina sa soupe avec appétit. Certes, les plaisirs et la quantité étaient bien moindres que ce qu’elle pouvait avoir au manoir… Mais la joie de la compagnie de ses parents remplaçait tout le reste. Elle ne s’était jamais sentie aussi heureuse depuis longtemps, bien que ses pensées se tournaient parfois vers Prisme.

Elle ne savait toujours pas quoi en penser, ni quoi croire. Pourtant, la jeune femme revenait sans cesse dans son esprit. Psiek avait peur d’être déçue par la vérité.

Gislebert tapa soudainement dans ses mains, proposant à sa fille d’aller se coucher. Il avait encore du travail avec sa femme et ne voulait pas qu’elle participe. Il savait qu’elle était épuisée par le long voyage.

Bien que perplexe, la jeune fille abdiqua néanmoins et se dirigea vers sa chambre. Elle profita d’un rapide coup d’œil pour observer que le meuble qui était censé contenir ses quelques vêtements… Était totalement vide. Il ne contenait que des débuts de tricots pour bébé.

Elle continua néanmoins de se diriger vers le lit l’air de rien, s’allongeant simplement. Psiek avait beau vouloir espérer, une petite voix dans sa tête lui disait de se méfier. Quelque chose n’allait pas. Elle avait développé un instinct de survie qui lui criait de tout son être de s’enfuir.

Habituée à simuler, la demoiselle ralentit légèrement son souffle et fit mine de s’assoupir. Elle ne réagit pas du tout en sentant du mouvement dans sa chambre, ni lorsqu’un doigt se posa non loin de son nez pour vérifier sa respiration. Elle fit mine de grogner et de se blottir davantage dans le tissu fin de son lit.

  • « C’est bon. Elle est endormie. »
  • « Qu’est-ce qu’on va faire Gislebert ? Ils vont nous tuer si on la garde ici ! »

L’estomac de la combattante se mit à se tordre tout doucement. Son oreille se tendit davantage pour entendre la conversation. Mais plus les mots allaient, et plus ses maux s’amplifiaient.

  • « On va leur rendre. On a pas eu de mal à les contacter jusque-là. Il est hors de question qu’on leur rende l’argent ! »
  • « La miresse[1] a dit qu’il s’agissait d’un garçon cette fois. Il est hors de question que je perde tout car cette petite sotte n’aura pas su rester à sa place ! »
  • « Calme toi Hermine, bon sang ! Je t’ai dis qu’on allait les contacter. Ils vont peut-être même nous redonner quelques pièces pour notre loyauté, qui sait ? »

Gislebert tenta de calmer sa femme, lui demandant de penser au bébé. Cette dernière sembla se modérer, caressant son ventre avec préoccupation.

De son côté, Psiek fulminait. Tout comme sa découverte pour Fémence, toutes les pièces du puzzle de sa vie se rassemblaient. Maintenant qu’elle y repensait, ses parents avaient été plus tendres que d’ordinaire la semaine précédant son enlèvement. Ils avaient d’ailleurs été drôlement insistants pour qu’elle aille bien au bon endroit pour garder les moutons.

« Surtout ne te trompe pas et reste bien près du rocher de la pie » avaient-ils dit, chaque jour.

Sans mal, elle comprenait. Ou tout du moins, elle pouvait supposer. Ses géniteurs s’étaient souvent plaints de ne pas avoir de fils, et donc d’héritier potable pour faire perdurer la famille. Par ailleurs, à ses deux grossesses, sa mère était revenue à chaque fois avec déception en déclarant que « Dieu m’en veut, c’est une fille ! ». Mais ces grossesses n’étaient jamais arrivées à termes.

Psiek se demandait même si la perte de ces enfants n’était pas intentionnelle ? En tout cas, une chose était sûre : Elle n’était qu’une monnaie d’échange. Sa mère attendait désormais un fils et voulait sûrement l’élever avec le plus d’argent possible.

Ils avaient vendu leur fille, leur unique fille, simplement pour le bonheur d’un enfant qui n’était même pas encore né. Pour un être qui n’était pas sûr de survivre.

Sa vie valait-elle aussi peu ? Ses souffrances étaient-elles méritées ? Psiek avait combattu la Mort en personne pour survivre. Elle sentit le dégoût la gagner. Elle l’avait fait dans un seul but. Retrouver sa famille. Ses parents. Ceux qu’elle avait aimé.

Elle avait fait tout ça pour rien.

Tout comme pour Nicolae, la châtain attendit le milieu de la nuit pour se lever. Elle avait eu le temps de réfléchir à ce qu’elle voulait faire. Sans un bruit, la jeune femme quitta le domicile familial et reprit son chemin en sens inverse après avoir volé quelques victuailles. Elle ne connaissait pas tout son plan en avance, mais elle savait parfaitement ce qu’elle voulait faire.

La vengeance allait être sa nouvelle partenaire de crime.

Tout comme l’allée fut longue et interminable, le retour fut tout aussi épuisant. Ses pieds n’avaient pas eu le temps de guérir, mais qu’importe. Rester ici ou partir d’elle-même, le danger ne changerait pas.

Seul son esprit l’aliment           ait correctement à base d’idées toutes plus saugrenues les unes que les autres. Elle s’était battue tout ce temps pour ne pas plonger. Et maintenant, c’était trop tard. Ses envies de violence se faisaient plus fortes que jamais. Plus rien ne pouvait l’arrêter. Pas même sa propre volonté.

Au bout de quelques jours, son regard se releva sur une bâtisse qu’elle ne connaissait malheureusement que trop bien. Il se doutait sûrement de son arrivée. Et de toute l’effroyable vérité qui se cachait. Elle était certaine qu’il n’avait envoyé personne à sa recherche. Il comptait sur son retour volontaire.

Elle ne savait pas pour quoi, mais la jeune femme comptait bien user de son aide. Elle deviendrait sa propriété, réellement cette fois, de toute son âme. Et en échange, il l’aiderait à tuer cet enfant, quand l’amour de ses parents serait assez gros pour être détruit.

Fin… ?


[1] Nom d’une femme médecin au moyen-âge.

Chapitre 27: L’effroyable vérité

Le cœur de Psiek battait à tout rompre. C’était sa troisième nuit dans le lit du Maître. Elle était en train de limer ses ongles tandis que sa poitrine semblait prête à exploser. Le trac la mangeait de toutes parts. C’était enfin le grand soir.

Elle commença à appliquer de la crème sur les mains douces et froides, massant avec délicatesse. C’était presque devenu une routine. S’occuper de lui. Le masser. Caresser. Appliquer toutes sortes de produits. Veiller à son bien-être et son confort. Comme s’il s’agissait du cristal le plus pur et le plus fragile au monde.

Un dégoût traversa le corps de la combattante. Et puis quoi encore ? Du cristal ? Ce n’était que du verre basique qui se camouflait sous son polissage pour paraître plus beau et plus riche qu’il ne l’était vraiment. Mais quand on le brisait, il redevenait ce qu’il était : basique, fragile et coupant.

Du véritable poison.

Une envie de cracher saisit la jeune femme mais elle se retint. Elle devait continuer d’arborer un sourire dominé et ravi.

Psiek aida ensuite le jeune homme à se changer, après avoir passé un linge mouillé par de l’eau de rose sur son corps. Il ne demandait toujours rien de sexuel. La première nuit, elle avait été effrayée, s’imaginant être tuée le lendemain matin. La seconde, elle était vexée, persuadée de ne pas être au goût d’un tel homme.

Finalement, elle s’était demandé si ce n’était pas un test. Elle se coucha près de lui, faisant mine de s’endormir. Test ou pas, tout cela l’arrangeait réellement. Elle avait hésité à agir la première nuit, mais elle avait craint que l’homme ne soit trop méfiant. Il fallait absolument faire croire à une totale soumission.

Elle attendit de longues heures avant de se redresser, observant le calme de l’endormi. Elle guetta sa respiration un moment, voulant être totalement sûre qu’il ne se réveille pas d’un coup. Chaque parcelle de son corps était tirée à l’extrême. Elle avait l’impression d’être sa propre marionnette. De contrôler son corps tout entier, tout en étant à l’extérieur de celui-ci.

La peur qu’elle ressentait était bien plus intense que lors des combats dans l’arène. Même lorsqu’il s’agissait de combats à mort. Car si d’habitude, elle avait une chance de s’en sortir, ici ce serait foutu en cas de réveil. Celui qu’elle affrontait était au même niveau que Dieu.

Mais contrairement à ce dernier, ce n’était pas de la curiosité qu’elle ressentait, mais une crainte intense…

Inspirant profondément, Psiek se promit que ce serait la dernière fois dans sa vie qu’elle aurait aussi peur. Le règne de ce tyran était terminé. Il allait regretter toutes les mauvaises actions qu’il avait faites et devrait se justifier auprès du Diable en personne.

La jeune femme écarta les cuisses et récupéra difficilement un objet qu’elle avait caché au niveau de son intimité. Le fait que ce monstre ne veuille pas la toucher était une aubaine, puisqu’elle avait pu cacher la clef de sa liberté. Elle déballa l’espèce de petit tissu qui recouvrait l’objet, l’observant avec ébahissement.

Un de ses ongles en forme de lame. Pointu, affuté. Elle les conservait uniquement pour ses combats à mort, avec autorisation du Maître. Autrement dit, c’était un peu comme si le Maître lui avait autorisé de le tuer, n’est-ce pas ? La jeune fille retint de justesse un léger rire. La vie était drôlement ironique parfois.

Elle allait le tuer avec son approbation.

La châtain n’avait pas cette espèce de colle pour appliquer les ongles, mais elle n’en avait pas besoin. Elle glissa avec légèreté ses doigts au niveau du cou, se concentrant. À force de tuer, elle avait fait de nombreux essais. Elle avait pu déterminer avec une assez grande précision où il fallait planter la mini lame pour que le sang coule à flot. Un sang rouge et excitant, elle en était persuadé. Une pensée folle lui vint même en s’imaginant le goût. Jamais la mort de quelqu’un ne l’avait autant excitée.

Dans un sens, elle se dit que ses victimes devaient la remercier de les avoir utiliser pour ça. Elle-même aurait été ravie de contribuer à la mort de cet enfoiré, si elle n’avait pas été la tueuse.

Psiek inspira. Elle glissa tout doucement la pointe vers la gorge… Et l’enfonça d’un geste sec, le retirant tout aussi rapidement pour ne pas empêcher le liquide de s’écouler. Un tremblement d’excitation la saisit tandis qu’elle observa le sang commencer à s’écouler.

Pourtant, l’excitation redescendit bien vite. Elle s’était imaginée aspergée de ce sang impure. Elle avait pensé devoir couvrir la bouche de l’endormi, s’attendant à un réveil brutal et bruyant. Mais l’homme semblait toujours dormir paisiblement. Pire encore : Son sang coulait avec lenteur, et des traces de croûtes se formaient déjà.

Elle n’avait jamais vu aucun sang sécher aussi rapidement.

Un haut le cœur la saisit avec violence tandis qu’elle se recula, descendant du lit et se frottant la tête avec rage. Ce n’était pas une réaction normale. Non. Elle n’était pas experte en morts, mais elle savait qu’il n’était pas sensé réagir comme ça…

Psiek sentit son souffle se couper une seconde. Experte en mort.

Son regard se figea sur le corps devant elle. Un être vivant normal aurait dû agoniser et perdre des litres de sang. Tout s’embrouillait dans son esprit. Les lettres du soumis qu’elle avait pu lire se mirent à la tourmenter. Elle se remémora également un de ses moments d’égarement dans le château, lorsqu’elle avait rencontré ce type, Memphis, et qu’il lui avait montré…

La combattante dût plaquer sa main sur sa bouche pour se retenir de vomir. Elle avait toujours eu tous les éléments bien face à elle. Et pourtant, elle était passée à côté, comme une idiote. L’homme devant elle, le… Maître ? Non, ce n’était pas le Maître. Et ce n’était même plus un homme. Depuis combien de temps ? On s’était joué d’elle. Toutes les personnes ayant mis un pied dans ce château s’étaient faites manipuler.

Sans réfléchir, la demoiselle courut vers la fenêtre, l’ouvrit et se jeta dans le vide. La peur semblait la poursuivre et elle eut une chance incroyable que la douve soit suffisamment remplie d’eau. Elle ne s’inquiétait même plus du bruit qu’elle avait pu faire. Elle voulait juste quitter les Enfers et aller loin. Très loin.

Psiek s’extirpa de l’eau avec peine et commença à courir vers la zone qu’elle avait repéré, la dernière fois, sentant des larmes lui monter aux yeux.

Sans réfléchir, elle comprit également que Prisme lui avait menti. C’était obligé. Tout n’avait été que manipulation depuis le début. Le Maître n’était qu’un cadavre. Une marionnette sans vie. Quelqu’un qu’on n’avait pas eu la décence d’enterrer solennellement. Juste pour l’utiliser à des fins personnelles.

La châtain s’arrêta quelques secondes pour vomir, les larmes dégoulinant sur ses joues. Elle ne savait pas par quel miracle elle y avait échappé, mais elle avait failli coucher avec. C’était son rôle, à la base. Coucher avec un cadavre. Elle avait touché ses mains. Elle les avait embrassées. À cette pensée, une nouvelle nausée la saisit, et la demoiselle vida tout son être.

Elle reprit sa course, se retenant difficilement de ne pas penser à tout ce qui s’était passé, à ceux qui étaient impliquées, à elle… Prisme lui avait-elle menti ? Jusqu’où savait-elle la vérité ? FS… Cela ne pouvait être que Fémence. Nicolae avait beau être un prénom commun, elle aurait dû ouvrir les yeux. Sans compter le nom de Prisme. Et la fois où elle avait été amenée dans cet étrange pièce ?

Psiek s’imagina sans difficulté que cela devait être à cet endroit que l’homme usait de sa magie. Un nécromancien. Il avait fallu qu’elle tombe sur quelque chose d’encore pire que d’une puissance malfaisante comme le Maître. Depuis le départ, ce n’était pas lui qui tirait les ficelles.

Haïssait-il son frère à ce point ? Et tous ces gens à qui il refusait le repos éternel ? Avaient-ils conscience de ce qu’ils étaient ?

Les jambes ensanglantées par les ronces qui arrachaient sa peau à chaque passage, Psiek faiblit. Elle lutta néanmoins contre la douleur et la peur. Elle marchait au rythme des battements de son cœur.

C’était l’Enfer, et la jeune femme voulait s’en éloigner au maximum.

Chapitre 25: Un parfum de liberté

Psiek n’en revenait pas. Elle hésita un court instant avant d’inspirer profondément. Adieu l’odeur des roses, de la jacinthe, de toutes ces parfums artificiels amenés dans les couloirs et les chambres. Adieu l’odeur du luxe et du sang qui imprégnaient les murs inlassablement, sans aucun espoir d’y échapper. Adieu le sentiment étouffant de se trouver dans un cercueil géant…

Elle était dehors.

Certes, elle n’avait que deux heures devant elle, et il y avait six gardes pour la surveiller. Ce n’était pas une liberté totale. Mais c’était un véritable miracle quand on savait où elle se trouvait. Un véritable miracle de pouvoir frôler un vrai sol de ses pieds dénudés. De pouvoir regarder le ciel bleu. D’avoir l’impression de vivre.

Elle s’approcha d’un arbre, calmement, touchant lentement le tronc de ses doigts. La sensation provoqua un long frisson qui parcourût toute son échine. Elle se sentait enfin revivre.

Évidemment, quatre gardes étaient équipés d’arbalètes et d’arcs, ce qui signifiait qu’elle n’était pas libre. Pire que tout, si elle fuyait, seule la mort continuerait de l’accompagner.

Mais ce n’était pas dans ses projets. Essayer de fuir alors qu’elle était au bout de son plan ? Ce n’était pas seulement suicidaire. Ce serait avouer être complètement démunie d’un quelconque intellect. Psiek ne se considérait peut-être pas comme quelqu’un de très intelligent, et elle n’avait rien contre les personnes diminuées… Mais dans un monde comme celui-ci, cela pouvait mener à sa propre perte.

La demoiselle s’installa un moment dans l’herbe, reniflant discrètement. Elle tenta de se remémorer l’odeur de son arrivée, avec une certaine difficulté. Même si elle avait le droit de sortir, elle ne pouvait pas aller trop loin. Et elle devait éviter d’éveiller les soupçons.

Elle se releva au bout de quelques minutes, parlementant avec les gardes pour s’approcher d’une autre zone d’arbre. Heureusement, tous connaissaient son passé de paysanne, et il n’était pas difficile d’imaginer qu’elle pouvait simplement ressentir un réel manque envers la verdure. Pour des gens comme eux, les paysans avaient toujours été étranges. Des sortes d’adorateurs de la terre. Des gens qui aimaient toucher la saleté et se rouler dedans.

C’était en tout cas ce que s’imaginaient les hommes qui l’accompagnaient.

Psiek s’en fichait totalement. De savoir comment elle était considérée. Avant d’être entrée dans le manoir. Maintenant qu’elle y était. Elle n’osait pas penser à l’après. S’envoler trop loin dans ses rêveries, c’était un danger luxueux qu’elle ne se permettait pas.

Mais elle savait qu’elle restait malgré elle une sorte d’énigme. La Faucheuse. La première a avoir droit de vie ou de mort quand elle revêt son masque. La seule qui peut faire couler le sang sans discontinuité. Celle qui se régale des souffrances de ses adversaires.

La mort à l’état pur.

Elle n’aimait pas ce rôle qui lui collait à la peau. Malgré l’excitation que pouvait provoquer une telle puissance, ses nuits continuaient d’être hantées par les fantômes de ses victimes. Par tout ce qu’elle avait fait. Toutes les souffrances accumulées.

Toute la haine grandissante qu’elle avait envers elle-même.

La jeune combattante soupira et osa un regard vers les douves du manoir. Rien ne semblait grouiller à l’intérieur. Hormis peut-être des grenouilles, elle n’imaginait que très difficilement une bête féroce y rôder. D’ailleurs, d’un point de vue extérieur, personne ne pouvait s’imaginer ce qui se déroulait. Les murs étaient d’une blancheur éclatante.

La fosse elle-même contenait une eau relativement claire et était parsemée de fleurs et de plantes que la châtain n’avait jamais vu auparavant. On devinait qu’il y avait un travail minutieux sur l’apparence des lieux.

Tout comme pour le Maître. Une apparence somptueuse et délicate. Qui renfermait un secret terrible et violent…

À force d’y réfléchir, Psiek ne put s’empêcher de se dire que cette description correspondait également à Fémence. Même s’il était dur à percer… Le jeune homme semblait avoir trouvé sa place sans problème. Il était dans les petits papiers du Maître, commandait, dirigeait… Même cette satanée Mérisse lui était obéissante. Personne ne pouvait ignorer la grandeur du roux.

Oui… Tout était bien plus complexe qu’un simple Maître richissime qui tenait une sorte d’arène clandestine.

Le roi du canton voisin était-il au courant ? Et l’empereur du royaume ? Beaucoup de nobles et de bourgeois venaient s’occuper en admirant les combattantes. Et en louant quelques filles… Et si cela avait été fait selon la directive du plus puissant ?

Non. Elle n’y croyait pas. La demoiselle savait que c’était bien plus profond que tout ce qu’elle imaginait encore et encore. Plus sombre.

Elle était totalement dépassée.

La châtain sursauta par ailleurs en entendant un garde prendre la parole et lui relater le combat de la veille. Elle détestait quand on lui parlait de ce qui s’était passé plus tôt, comme si elle n’avait pas été présente. On lui rappeler chaque moment avec minutie, avec extase, comme on le ferait pour quelqu’un d’absent qui voulait tout savoir.

Le pire dans tout ça, c’était bien l’admiration malsaine pour ses techniques. Pour les blessures qu’elle infligeait.

_ « Vos ongles, hier… Ils étaient différents, non ? On aurait dit des lames aiguisées… De minuscules lames… » commenta finalement le garde.

Voilà où il voulait en venir. En réalité, la jeune femme n’était pas surprise. Souvent, ce genre de scène arrivait à une question personnelle, ou indiscrète. Ils arrivaient toujours à repérer un élément différent. Un mouvement qu’ils n’avaient jamais vu, une façon d’étrangler inédite….

Ou dans le cas présent, l’existence de faux ongles qui permettait à Psiek de lacérer ses ennemis.

Elle n’avait plus osé reparler de ce sujet, depuis qu’elle avait dû tuer la manucure. Son esprit avait préféré mettre de côté ce sujet sensible qui n’avait pas plu à Fémence, de prime abord. C’était du moins ce qu’elle s’était imaginé tout ce temps. Puis le roux était venus lui apporter de quoi garnir le bout de ses doigts.

Comme prévu, les spectateurs avaient adoré. Une tigresse aux griffes métalliques acérés. Ils n’étaient pas très longs, et elle avait même été surprise qu’on puisse les repérer de si loin. Mais finalement, les reflets du soleil les avait mis en avait. Et ce n’était pas pour lui déplaire. Tout ce qui pouvait augmenter sa côte de popularité était bon à prendre.

_ « Il s’agit d’un petit cadeau du Maître. Mais je n’ai le droit de les mettre que lorsqu’il m’y autorise. »

Psiek se tue ensuite, laissant l’information gagner le cerveau du pauvre garde.

Bien sûr, elle se doutait qu’elle y aurait droit régulièrement. Mais elle devait continuer de faire la soumise. De jouer celle qui n’écoutait que les directives de son Maître. Même si sa haine envers lui débordait de sa gorge, elle devait tenir encore un peu…

La jeune femme se permit de fermer les yeux, posant son dos contre le tronc d’un arbre. Ici, elle reconnaissait parfaitement l’odeur. Ce léger parfum de pourri qui avait gagné les arbres. Ils étaient bons à être abattus.

Mais il ne fallait pas trop en demander à des petits bourgeois. Ils ne se rendaient sûrement pas compte de la maladie qui avait gagné ce bout de forêt. Ou alors, ils s’en foutaient ? Ils s’imaginaient peut-être que cela n’irait pas plus loin. Et au pire des cas, qu’est-ce que ça changeait ?

Ils avaient tout l’argent nécessaire en cas de problème. Ils ne connaissaient pas la difficulté de devoir lutter contre son environnement pour protéger sa vie.

Elle serra discrètement les poings, enfonçant ses ongles dans la paume de ses mains. La châtain avait toujours envié les plus riches. Mais elle n’avait jamais souhaité qu’il leur arrive du mal. Elle n’avait jamais eu de haine envers eux. Ils étaient tombé du bon côté du berceau petit. C’était tout.

Mais depuis sa présence en ces lieux, elle vomissait des gerbes de répugnance quand elle les voyait. Y penser suffisait à attiser le feu de la rancœur qui sommeillait en elle.

Ils vivaient là-haut, dans un château de luxe et d’allégresse. Ils s’abreuvaient de vin et d’oisiveté, pendant que les plus pauvres, tout en bas, à la racine des arbres, tentaient de lécher difficilement la mare asséchée qui leur restait. Tandis qu’ils tentaient de survivre difficilement, de leurs propres mains. Sans l’aide de qui que ce soit.

Ils travaillaient pour les riches et ne récoltait rien de leur dur labeur.

Oui, Psiek commençait à éprouver une véritable haine pour ceux qui n’avaient aucune considération envers leurs efforts. Elle allait commencer par la Maître.

Mais allait-elle s’arrêter en si bon chemin ?

 

 

Chapitre 24: Au bout du fil sanglant.

Psiek ne pouvait s’empêcher de réfléchir, nettoyant sagement la chambre du Maître. Elle avait réussi à avoir « l’honneur » d’être celle qui s’occuperait de cette pièce. Ce qui signifiait qu’il lui faisait assez confiance. Enfin, si un homme tel que lui pouvait réellement avoir confiance en qui que ce soit…

Ce dont elle doutait fortement.

Tout en nettoyant, la demoiselle ne put s’empêcher de guetter chaque recoin. Elle songeait à, petit à petit, « abandonner » un linge ou deux sous le lit. Son but était de pouvoir s’échapper par la fenêtre, et elle ne voulait vraiment pas prendre de risque pour sa vie. Néanmoins, elle n’était pas assurée à cent pour cent qu’elle resterait la seule personne à s’occuper de cette chambre.

De plus, même si elle comptait partir le plus loin possible… Elle voulait éviter que l’on ne sache qu’elle était responsable de ce qu’elle allait faire. Car même si l’homme avait beaucoup d’ennemis… Il avait évidemment énormément de fanatiques.

La jeune femme pensa notamment à Mérisse. Cette fille ne cessait de lui chercher des noises au quotidien. Elle l’entendait presque tous les jours supplier Fémence de la laisser participer à un combat à mort contre la Faucheuse. Il n’avait jamais accepté, mais cette simple obstination suffisait à faire monter l’angoisse chez la combattante.

Elle ne connaissait que très peu la brune au cache-œil, puisqu’elle la fuyait… Mais elle savait son amour pour l’Hôte.

Elle connaissait le danger.

Psiek soupira et plaça un drap sous le lit, le coinçant comme elle le pouvait avec ces espèces de barres de bois. Elle n’avait jamais vu de lit aussi confortable et aussi compliqué… Elle s’éloigna de quelques pas et observa, ayant toujours le doute. Oui, si la demoiselle restait la seule à nettoyer cette chambre, cela ne se voyait pas juste au regard. Mais encore une fois, rien n’assurait que personne d’autre ne viendrait pour nettoyer.

La combattante soupira et enleva le drap, s’approchant de la fenêtre pour secouer le tapis. Ce serait une bonne excuse pour vérifier les alentours.

Tout en secouant le tissu épais, ses yeux observèrent bien plus bas. Une sorte de douve semblait contourner tout le manoir. Elle n’arrivait pas à deviner la profondeur de l’eau. Sauter dans une eau peu profonde pourrait provoquer sa mort. Au mieux lui casser quelques os… Mais cela empêcherait de fuir davantage.

Le plus gros soucis restait les bois tout autour. Il lui faudrait deviner par quel côté fuir. Et si elle partait bêtement à l’opposé de son but ?

Ses yeux se plissèrent doucement en remarquant que tous les arbres n’étaient pas les mêmes, selon les côtés. Il y avait des sapins d’un côté, dont le bois semblait légèrement pourrir, des chênes, mais aussi quelques bouleaux.

Heureusement, encore une fois, ils n’étaient pas tous concentrés aux mêmes endroits. Le seul soucis qui se posait est qu’elle devrait se fier uniquement à l’odeur pour savoir par où passer : Le jour où elle avait été kidnappée, elle se souvenait de certaines odeurs particulières.

Aurait-elle le temps de tout faire en une journée ? De fuir assez vite ?

La jeune femme secoua délicatement la tête. Elle devait revoir ses avantages en tant que Jouet. Un doute sommeillait en elle, mais peut-être qu’elle ne se trompait pas : Elle avait droit de sortir une fois dans le mois, à condition d’être accompagnée par plusieurs gardes. Pas plus de deux heures, si sa mémoire ne lui faisait pas défaut… Mais ce serait bien suffisant pour avoir un début de piste.

Elle l’espérait.

Un peu découragée malgré elle, Psiek termina le nettoyage de la chambre et sortit avec les draps sales, les confiant à une servante, après avoir descendu deux étages. Ses yeux se posaient sur le décor pompeux des couloirs. Ils avaient toujours été là. Elle n’était toujours pas habituée. À chaque instant, elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer le prix de ces pierres, ces tableaux, ces statues… Le prix que tout cela représentait. La nourriture qui aurait pu être achetée. Le nombre considérable de villages pouvant être aidés…

Même si vivre dans ce manoir avait créé chez la demoiselle un sentiment d’égoïsme et de survie, une part d’elle restait sensée et pensait aux autres. À tous ces êtres qui étaient comme elle : capable d’éprouver des sentiments. Vivants.

Cette pensée tournait tant de son esprit que la viande en venait à l’écœurer profondément. Recevoir le sang chaud de son adversaire sur son propre corps faisait voir les choses autrement. La vie était si facile à prendre. Si facile de réduire un tout à un néant…

Elle se doutait que cette angoisse s’était amplifiée depuis qu’elle avait tué une fille devant son frère. Le hurlement de ce dernier hantait parfois encore ses nuits. Ce cri strident, la haine qui s’échappait littéralement de sa gorge, la promesse de vengeance…

Tuer sans rien connaître de la personne n’était pas si dur que ça. Il était tellement aisé d’imaginer la personne orpheline, sans aucun lien établi dans ce monde. Ou bien oubliée de tous, non désirée…

Bref. Elle avait fait l’erreur de se penser unique personne pouvant manquer à quelqu’un. Et ses nuits agitées étaient le prix de cette erreur.

Pourtant, elle n’avait pas eu le choix. L’égoïsme primait. Prisme l’avait déjà interrogée sur sa volonté d’entraide, et elle n’y voyait absolument aucun intérêt. Ici, personne ne songeait à une quelconque alliance. Il fallait soit lutter pour sa survie personnelle… Soit, certaines personnes, telles que Mérisse, songeaient avant tout à vivre pour une autre personne. Par… Amour.

Un grognement s’échappa des lèvres de la châtain. C’était bien là un sentiment qui ne lui inspirait rien de bon. Irrépressible. Envahissant. Capable de changer n’importe quel être humain. Tout ça pour quelque chose qui n’était même pas réciproque.

Si la survie était égoïste… L’amour, lui, était obsessionnel.

 

Chapitre 22: Une nouvelle issue?

Psiek passa une main sur son front découvert par une partie du masque, essuyant comme elle pouvait le sang qui l’avait éclaboussée.

La victime face à elle était présente depuis moins de deux semaines. Et elle n’avait absolument rien d’une paysanne ou d’une fille endurcie, bien au contraire. En général, en ce laps de temps, on pouvait acquérir au moins un ou deux réflexes de combats. Ne serait-ce que des réflexes de défense, comme se protéger le visage avec ses avant-bras, et non avec ses mains.

Mais pas elle. Si on lui disait que cette gamine n’était qu’une simple bourgeoise qui venait de débarquer, elle le croirait sans problème.

Elle soupira et secoua la tête. Elle voulait en finir le plus vite possible avec cette perte de temps. Elle avait d’autres choses à gérer. La jeune femme ne pouvait s’empêcher de se demander, depuis une semaine, s’il était réellement normal que Nicolae refuse de coucher avec elle.

Il lui semblait pourtant que seul les Jouets du Maître avaient la possibilité d’être proche de lui, ce qui impliquait… De coucher avec ?

En fouillant dans sa mémoire, Psiek commençait à se remémorer. Oui… Lorsque Fémence avait parlé des différents rangs, il avait précisé que seul le Jouet pouvait apporter des faveurs sexuelles au Maître. Pourtant, il lui avait intimement interdit. Il ne voulait aucun contact physique avec ses parties « trop intimes ». Peut-être que, finalement, l’homme ne lui faisait pas encore assez confiance…

Pourtant, elle n’avait pas vraiment le choix. Elle savait qu’un Jouet ne le restait jamais bien longtemps. Et si elle voulait mener son plan à exécution, elle DEVAIT dormir avec lui. C’était primordial.

Elle devait tout exécuter de nuit. Son plan ne pouvait pas fonctionner autrement.

La Faucheuse soupira, se glissant derrière la pauvre femme qui suppliait qu’on l’épargne. Elle était tellement habituée à ce genre de scène qu’elle était plus agacée qu’apitoyée. La châtain savait qu’elle avait perdu une grande partie de son humanité.

Sa main saisit ses cheveux avec violence, à la base, les tirant d’un coup en arrière pour redresser sa tête, exposant son cou. Elle attrapa un poignard et commença à l’approcher de la gorge, ses yeux se perdant dans la foule pour observer l’impatience et l’excitation grimper. En réalité, elle attendait surtout un signe du Maître. En général, il hochait la tête discrètement pour confirmer qu’elle pouvait exécuter sa victime.

Psiek n’était même pas sûre qu’il se rende compte de ce geste inconscient.

Alors qu’elle allait glisser le poignard pour en finir, un cri retentit parmi les spectateurs, surprenant la demoiselle et faisant lâcher son couteau.

Ses yeux se posèrent sur un homme qui s’avançait dans la tribune, le regard fou et paniqué. Elle fronça les sourcils et attendit une réaction de son Maître. Mais ce dernier ne semblait pas intéressé par le mouvement. Il attendait visiblement que la personne s’exprime.

  • « Ne la tuez pas, par pitié ! Il s’agit de ma sœur… Vous n’avez pas le droit de la tuer ! »

L’homme semblait totalement paniqué. Il expliqua que ses parents avaient offert sa sœur au Maître comme cadeau amical. Mais il était prêt à tout pour la sauver.

Visiblement paniqué, il proposa de racheter Psiek. Il était prêt à donner un prix faramineux pour elle. Si elle laissait la vie sauve à sa sœur, il payerait sa liberté. Elle serait enfin libre.

Le châtain sembla surprise. Liberté. Elle ne l’avait jamais imaginé autrement qu’avec son plan. Elle ne s’était jamais dit qu’elle pourrait enfin partir d’une autre manière.

Son regard se glissa vers le Maître qui ne semblait pas avoir réagi à cette interruption. Il continuait de manger nonchalamment sa grappe de raisin, Fémence se penchant parfois et pouffant de rire, comme si le Maître lui racontait l’une des meilleure blague du siècle. Lorsqu’il tourna enfin son regard vers Psiek, il se contenta de hausser les épaules, comme s’il se foutait de sa décision.

Elle pouvait être libre. Elle avait affronté de nombreuses épreuves, et la solution semblait soudainement si simple… Être rachetée par un autre riche. En l’échange d’une vie sauve.

La Faucheuse sourit et relâcha doucement les cheveux de la victime. Tandis qu’un sourire de soulagement s’installait sur le visage du potentiel acheteur, elle saisit la tête à deux mains et la tourna d’un geste brusque, un craquement sinistre retentissant jusque dans les gradins.

Un hurlement d’effroi s’échappa du frère tandis que le corps de la jeune victime retombait sur le sol dans un bruit sourd.

  • « Mon unique but est de servir mon Maître. Je me fous de la liberté. Je ne vis que pour lui ! » déclara-t-elle d’une voix claire.

Alors que l’homme furieux jurait de se venger et de l’anéantir, Psiek observa Nicolae effectuer un simple geste. Comprenant, elle commença à rejoindre les escaliers des gradins et le rejoignit, s’agenouillant face à lui. Elle saisit délicatement la main tendue et l’embrassa avec délicatesse, jurant que sa vie ne pouvait jurer que par lui.

La combattante ignora les cris de fureur de celui que l’on évacuait de l’arène. Elle devait avouer qu’elle avait été tentée, un court instant. Mais elle comprenait mieux pourquoi elle n’avait jamais envisagé une telle chose dans ses plans.

Jamais le Maître n’aurait accepté une telle chose. Il se foutait de l’argent. Il en possédait bien assez pour un millier de vie. Accepter un tel contrat, ça aurait été signé son arrêt de mort.

Peut-être qu’enfin, elle venait de gagner la confiance de son très cher Maître…

L’homme proposa à Psiek de rester près de lui pendant qu’il regarderait la suite des combats. La jeune femme s’installa au sol près de lui, laissant Fémence la débarrasser de son masque et lui confier une serviette pour essuyer sommairement son visage et son cou tachés de sang.

Elle sentit soudainement une main se poser dans ses cheveux et commencer à la caresser, comme s’il s‘agissait d’un animal. Un animal sauvage. Elle était comme un fauve posé près d’un seigneur tout puissant.

Bien sûr, elle n’avait pas la prétention de s’imaginer ainsi. Mais elle savait que c’était ce que pensaient les autres. Les convives l’observaient avec envie et crainte. Elle était une lionne affamée et dangereuse qui n’obéissait qu’à une seule personne.

S’ils savaient…

 

 

Chapitre suivant.

Chapitre 21: Enfin atteint!

La jeune femme observait le corps endormi près d’elle, dans le lit. L’homme respirait lentement, calme, ignorant ce qui allait se passer.

Psiek se remémorait sans mal la demande de son Maître. Et pour le moment, le plan se déroulait parfaitement bien. Ce n’était clairement pas le moment de tout rater.

Nicolae l’avait surprise, lorsqu’il lui avait montré un portrait et qu’il lui avait expliqué qu’elle allait devoir trouver un moyen pour piéger le modèle, le mettre en confiance et l’épuiser assez pour pouvoir subtiliser un objet. Il avait été très flou sur le moyen d’épuiser le modèle, mais…

Mais Psiek n’était pas dupe. C’était une nouvelle façon pour l’Hôte de la tester. De voir jusqu’où elle était prête pour agir.

La dernière fois, en suivant son impulsion, elle avait eut une chance incroyable. Si Nicolae n’avait pas la même haine qu’elle envers les pédophiles, elle savait qu’elle serait déjà morte. Même s’il s’agissait sûrement d’un « plan » de Prisme, la châtain ne devait plus laisser son libre-arbitre agir. C’était sa vie qui était en jeu.

Sa vie et sa liberté.

Pour être honnête, faire tomber cet homme dans son lit n’avait pas été compliqué. Il faisait partie de ces fans particulièrement louches qu’elle détestait. Bien plus que le baron de l’autre fois.

Car eux ne rêvaient pas d’une violence sur eux-mêmes. Ils rêvaient d’une violence sur les autres, ils se repaissaient de la douleur. Alors se rapprocher de lui, proposer de s’échapper dans une chambre pour quelques instants de plaisir… C’était comme un rêve devenu réalité aux yeux de ce salopard.

Il avait dit oui immédiatement.

Psiek soupira et se redressa, sortant du lit et se penchant vers l’amas de vêtements sur le sol. Elle commença à fouiller, ses mains allant jusqu’à glisser dans les rares poches des vêtements. Mais rien. L’objet n’était pas là.

Se souvenant d’une sensation fraîche sur sa poitrine, la demoiselle releva le regard et observa le torse de l’homme. Il possédait une chaîne et une bague y était accrochée.

Évidemment, ce ne serait pas marrant si c’était simple.

La jeune femme soupira et se glissa à califourchon sur la bête dormante, se retenant de pouffer de rire en l’entendant ronfler. Lui qui se vantait de son extrême délicatesse et de son raffinement… Il paraissait actuellement bien plus grossier que tous les paysans avec qui elle avait pu coucher jusque-là.

Et la bave qui commençait à s’écouler le long de son menton n’arrangeait absolument rien.

Elle se pencha et glissa ses mains dans sa nuque, essayant de décrocher le pendentif. Elle soupira en sentant la résistance lâcher, récupérant la bague et se relevant. La châtain n’avait absolument plus rien à faire ici.

Elle avait juste hâte de pouvoir se laver après ça.

Le corps se vêtit rapidement et s’extirpa de la chambre, se dirigeant vers un étage qu’il ne connaissait que depuis très peu de temps. Depuis la veille, en réalité. C’était ici qu’elle devait retrouver son Maître. C’était ici que se trouvait sa chambre…

Psiek soupira et toqua finalement à une porte blanche. Son cœur battait de plus en plus vite. Et s’il s’agissait d’un piège ? Peut-être voulait-il vérifier si elle était toujours vierge ? Bien que cela semblait peu logique. Il avait permis à Prisme de la « louer ». Et même si Prisme était une femme, elle possédait tout de même un attribut… Viril.

Et il lui semblait impossible que Nicolae ignore la vérité sur Prisme. Elle était bien trop importante. Mais en même temps… Pouvait-il exister un bourgeois assez ouvert d’esprit pour accepter une telle différence ? Il semblait si horrible, si peu compréhensif… Avait-il était assez fin pour comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une mauvaise chose ?

Ou peut-être s’en foutait-il simplement.

La combattante secoua la tête et soupira. Peu importe. Elle aimait beaucoup Prisme, mais… Mais elle n’était clairement pas en mesure de penser au bien-être de quelqu’un d’autre. Pas dans sa situation. Après tout, qui penserait à elle sinon ? Personne. Elle devait rester concentrée sur sa propre situation.

Mais elle espérait tout de même que Prisme ne connaisse jamais d’ennui pour sa situation.

 

  • « Et bien… Tu as été plus rapide que je ne l’aurai cru. As-tu ce que je désire ? »

 

La châtain hocha doucement la tête et présenta la bague, la posant simplement dans la paume tendue. Ce n’était pas de sa faute si l’autre imbécile n’avait pas été capable de tenir plus de trois minutes. Et évidemment, il s’était endormi aussitôt, sans même se poser de question sur la condition de sa partenaire.

Heureusement qu’elle n’était pas partie avec l’idée d’avoir un orgasme, elle aurait été particulièrement frustrée sinon…

Le Maître observa un moment la bague, un sourire apparaissant et s’agrandissant sur son visage. Il semblait ravi. Pourtant, cette bague ne semblait pas vraiment intéressante. Même si la demoiselle ne connaissait pas grand-chose en matière de bijoux et de richesse, elle voyait bien que l’objet était vieillot.

Peut-être avait-il une richesse sentimentale, mais c’était sûrement tout ce qu’il pouvait posséder.

 

  • « Tu exécutes chacune de mes demandes, depuis le début, sans discuter. Hormis pour cette histoire de… Poils. Mais je peux passer outre. Tu es bien trop intéressante pour que ce simple sujet nuise à tous mes desseins te concernant. »

 

Nicolae lâcha un léger rire et indiqua à la demoiselle d’entrer. Il s’installa dans un fauteuil luxueux et lui ordonna de se mettre à genoux devant lui.

Une tension gagna la tempe de la demoiselle, mais elle s’exécuta. Ce n’était pas le moment de craquer d’énervement. Même si l’air suffisant du personnage lui donnait envie de tordre des nuques…

L’homme présenta finalement sa main sous le nez de la jeune femme, attendant en silence. Semblant comprendre, la châtain saisit délicatement la main et y déposa un baiser. La paume était incroyablement froide. Pourtant, la peau était d’une douceur sans nom. Les ongles étaient d’une même taille, limés à la perfection. Et elle pouvait deviner une légère couche de vernis protecteur. Peut-être légèrement rosé, pour embellir davantage ces mains ?

Pour être honnête, Psiek n’avait jamais pu observer la main d’une personne riche. Délicate, si. Elle fréquentait Fémence, après tout. Mais riche…

Pourtant, elle ne voyait pas énormément de différence entre cette main et celle du roux. Il n’y avait pas de bijoux inutiles. Hormis cette impression que les mains n’effectuaient aucune tâche difficile… Il n’y avait rien qui pouvait présenter une quelconque richesse.

La jeune femme sursauta en sentant la main bouger et saisir son menton avec une certaine délicatesse. Ses yeux se plongèrent malgré elle dans ceux de Nicolae. L’homme semblait la regarder avec une certaine tendresse.

Son pouce glissait sur sa joue, la caressant en silence. Une gêne commença à gagner la demoiselle. Ce moment était beaucoup trop étrange à ses yeux.

 

  • « Félicitation, jeune combattante. Te voilà hissée au rang de Jouet. Tu m’appartiens entièrement désormais. Personne d’autres que moi n’aura le droit de te toucher. Est-ce bien clair ? Pas même Fémence… À moins que je ne t’en donne l’ordre, mais j’en doute. Tu apprendras que je suis très… Possessif. »

 

L’homme lâcha un petit rire et secoua délicatement la tête, comme pour faire virevolter ses cheveux. Il expliqua qu’elle devrait venir chaque soir et qu’elle s’occuperait de le chouchouter. Elle le masserait, lui procurerait quelques caresses, le ferait manger…

Mais il était hors de question qu’elle reste dormir. Et hors de question qu’elle ne touche à des partis trop intimes de son corps. Il ne voulait pas d’une vulgaire esclave sexuelle. Il voulait la tendresse incarnée, rien de plus.

 

  • « N’est-ce pas ironique ? De la tendresse de la part de la Faucheuse. De la tendresse de la part d’une paysanne pouilleuse qui n’avait jamais connu de vrai bain avant d’arriver ici… » susurra le jeune homme, le regard moqueur.

 

Psiek déglutit difficilement. Elle hocha néanmoins la tête, promettant de tout faire pour le rendre heureux. Pour rendre heureux l’espèce d’enfoiré qu’il était…

Il n’avait absolument aucun respect pour elle. Il avait simplement vu qu’elle était prête à tout pour lui. Prête à se sacrifier pour le « contenter ». Il ne voyait que les avantages qu’il pouvait acquérir. Rien de plus…

L’homme se déchaussa d’un geste souple et tendit l’un de ses pieds à la jeune femme, lui ordonnant de commencer à le masser. Elle ne réfléchit pas et commença immédiatement.

Même la paume de son pied était d’une douceur infinie. Il n’y avait pas de peau morte, même pas de callosité. Elle se demandait si c’était parce qu’il marchait très peu… Ou bien lui prodiguait-on des soins suffisamment efficaces ?

Même là, ses ongles étaient coupés, limés et vernis. Absolument rien de son corps ne semblait négligeait. C’en devenait presque maladif. Comme s’il ne voulait pas que son corps ne se dégrade. Comme s’il craignait de perdre de sa superbe et qu’il défiait le temps lui-même.

Il n’avait aucun défaut. Et pourtant, la première fois depuis qu’elle ne voyait… Psiek le trouvait fade. Comme sans vie.

Il n’avait pas cette petite étincelle.

 

Chapitre 22

Chapitre 20: Un pas vers la fin.

/! ATTENTION: Ce chapitre contient une scène violente pouvant heurter la sensibilité de certains-aines lecteurs-rices. Cette scène sera retranscrite en rouge. Ainsi, si vous craignez d’être perturbé par l’écrit, vous pourrez sauter le passage en ignorant la zone rouge.

Je vous souhaite une bonne lecture.

 

Enveloppée par le brouillard de la peur, Psiek s’avançait d’un pas hésitant dans le couloir des invités. Après leur -longue- nuit ensemble, Prisme lui avait donné quelques conseils pour savoir séduire le Maître.

Et vu les privilèges que pouvait avoir la demoiselle dans cet endroit, la châtain lui faisait partiellement confiance… Pas une confiance aveugle, non. Mais assez pour bien vouloir croire à ce genre de choses. Sans compter que la blonde, bien que bisexuelle d’après ses dires -Psiek n’avait jamais entendu parler de ce mot avant- semblait se méfier elle aussi des hommes, pour une raison qu’ignorait la combattante.

La jeune femme regarda autour d’elle avec appréhension, craignant de retomber sur le fameux Baron qui l’effrayait. Elle n’avait toujours pas digéré sa scène qui remontait pourtant à trois jours désormais. Même s’il n’était pas méchant, son cœur en avait bien trop subi depuis son entrée dans le manoir, et elle voulait préserver encore un moment le peu d’innocence qui pouvait lui rester.

S’il lui en restait, bien évidemment…

Psiek s’apprêta à aller jusqu’au fond du couloir, mais son regard se posa sur un jeune garçon qu’elle reconnaissait sans mal : C’était celui qu’elle avait vu lorsqu’elle avait passé un moment dans la… Chambre Pourpre, si elle se rappelait bien ?

Un nœud commença à naître dans le creux de son estomac. Il avait l’air coquet et tenait une serviette entre ses mains. Elle n’avait absolument aucun doute sur ce qu’il allait faire…

Sans réellement réfléchir, elle se glissa derrière une statue et observa la scène. Le garçon s’approchait d’un homme qui lui caressait les cheveux. L’air qui était sur son visage n’annonçait absolument rien de bon. Un air pervers qui n’aurait dû être destiné qu’à des adultes. Pas à des créatures aussi innocentes…

Psiek inspira et ferma les yeux un instant en voyant le duo entrer dans une chambre. La serviette… Sûrement pour essuyer après l’acte. Comme la première fois qu’elle l’avait vu, il avait l’air toujours aussi serein et… Habitué. Aucune crainte. Rien.

Absolument rien.

Poussant un juron, Psiek décida de s’approcher de la chambre. Elle s’était battu depuis son entrée dans le manoir pour survivre. Elle avait sacrifié une partie de sa conscience pour en arriver là où elle était actuellement.

Pouvait-elle réellement tout sacrifier pour sauver cet enfant d’un instant qu’il avait déjà connu ? Qu’il connaîtrait de nouveau par la suite ? Dont il ne semblait même pas choqué ?

La châtain possédait déjà sa réponse.

Elle n’attendit pas et attrapa la poignée de porte, la tournant pour l’ouvrir et… C’était fermé ? Dans un sens, cela semblait logique, mais…

Entendant un cri étouffé, le sang de Psiek ne fit qu’un tour et elle commença à donner de puissants coups d’épaule contre la porte. Elle imaginait déjà le visage tordu du pauvre garçon, la douleur qui le transperçait… Elle donna un énième coup d’épaule et se retrouva dans la chambre d’un coup, tombant au sol tandis qu’un bruit signifia que la porte venait d’être refermée.

Le jeune garçon se tenait derrière elle, visiblement à moitié caché par la serviette… Tachée de sang ? Le regard de la combattante glissa lentement, se tournant vers un corps sur le sol. Du sang s’écoulait d’une plaie mais il était toujours en vie et gémissait de douleur.

Alors que la demoiselle tentait de comprendre, une voix retentit. Une voix qu’elle put reconnaître sans mal.

 

– « Psiek… Je suis surpris de te voir. Au vu de tes nombreux coups d’épaule… Gwenaël, tu as bien refermé la porte ? »

– « Oui Maître. J’ai regardé rapidement, il n’y avait personne d’autre. »

 

Psiek tentait de comprendre. Mais elle ne voyait pas. En tout cas, son Maître était là depuis le départ. Il tenait entre ses mains une longue épée ensanglantée… Était-il celui qui avait blessé l’homme ?

Le Maître sortit une longue corde et, à l’aide du jeune garçon, commença à attacher la victime. Son regard était visiblement froid. Ses gestes étaient parsemés de violence et l’enfant ne semblait pas choqué de la scène. On sentait une habitude dans son regard.

Nicolae demanda ensuite au jeune Gwenaël de se réfugier dans la salle de bain pendant qu’il allait continuer le travail. Il en profita pour glisser son regard sur la jeune combattante. Elle était venue pour aider le petit. Pourtant, elle n’avait reçu aucun ordre. Elle avait donc pris un grand risque.

 

– « Pourquoi es-tu venue ici ? »

– « … Je… Je me promenais et j’ai vu le petit… Je croyais qu’il allait… Enfin… Je ne pouvais pas rester sans rien faire Maître ! Je suis prête à vous obéir aveuglément ! Mais je ne peux pas laisser un enfant se faire violer… »

 

La douce voix de Nicolae s’échappa dans un rire tandis qu’il écartait quelques mèches de cheveux de son visage de porcelaine. Son regard se posa sur elle, visiblement ravi de tels propos.

Il resta un moment silencieux avant d’arracher les bas de l’homme qui gémissait de douleur et suppliait qu’on le laisse partir. Il avait payer une forte somme pour profiter du petit. On l’avait piégé ! Pourtant, il savait de source sûre que d’autres avant lui avaient profité de ce genre davantage. Fémence en personne lui avait confié les prix…

Nicolae lui asséna une forte gifle pour lui sommer de se taire. Il lui cracha au visage avant de se tourner vers Psiek, lui tendant l’épée. Cette dernière n’hésita pas et l’attrapa immédiatement. Elle avait une chance particulièrement insolente et ne comptait pas prendre le risque de tout gâcher à nouveau.

 

– « Je déteste ces êtres méprisants qui éprouvent une quelconque attirance pour les enfants… Ils ne devraient pas exister. Ils méritent une punition exemplaire, n’est-ce pas ? »

 

Un sourire presque fou sembla traversa son visage. L’homme ne ressemblait plus à ce Maître calme et presque impassible. Non, bien au contraire. Le masque de la vengeance s’était installé. Il n’y avait plus qu’une envie de sang et de douleur qui le traversait.

Regardant la lame, Psiek avait peur de comprendre. L’arène ne suffisait plus. On allait lui confier une autre mission. On allait la pousser à un autre acte de violence.

Et ce sexe pendant lamentablement et dénudé était forcément ce qu’elle devait supprimer.

Nicolae ne prononça pas un mot mais se contenta de l’observer. La jeune femme ne comprenait toujours pas pourquoi le Maître en personne se chargeait de ce genre de cas. Un être aussi important… Vouait-il une haine assez grande pour vouloir punir lui-même.

Il était clair que oui.

D’un geste précis, la Faucheuse saisit le sexe d’une main et le découpa, ignorant le cri strident. Elle sentit la main du Maître l’effleurer et récupérer l’organe mou qu’il enfonça avec hargne dans la bouche du futur macchabée. Elle grimaça en voyant l’homme attraper le crâne et le forcer à effectuer un mouvement de mastication, le faisant donc manger son propre sexe.

Psiek déglutit difficilement, écœurée par la scène. Elle était d’ailleurs rassurée de pouvoir encore éprouver une telle sensation.

Elle l’avait donc encore, cette petite part d’innocence ?

Alors que l’homme commençait à s’étouffer, son corps remuant de plus en plus dans une lutte vaine contre la mort, la châtain laissa son regard croiser celui du Maître. Un sourire qu’elle n’avait jamais pu observer avant cela. Quelque chose lui disait qu’elle effleurait finalement son but, du bout des doigts. Prisme avait-elle prédit une telle situation. Était-elle au courant de ce qui se passait ?

Elle lui avait simplement demandé de se retrouver dans ce couloir et de chercher une chambre qui attirerait son attention…

Psiek se sentait effrayée. Jamais elle n’avait autant approché la fin de son calvaire. Et pourtant, tout d’un coup, elle avait l’impression d’être passée dans une étape bien plus dangereuse que tout ce qu’elle avait connu jusqu’alors.

En regardant le corps désormais sans vie à ses pieds, la demoiselle se confronta à un potentiel futur : Elle n’avait jamais été si proche de la mort qu’aujourd’hui.

 

Chapitre 21

Chapitre 18: Une nouvelle faille dans le plan

Chapitre précédent: Ici.

Cher lecteur, tu remarqueras l’absence du chapitre 17, et ce n’est pas accidentel. Il ne sera disponible que sur la version papier, mais son absence n’empêche en rien la compréhension de ce livre.

 

 

Un râle sembla s’échapper de la principale pièce d’eau des combattantes, provoquant un frisson de terreur chez tous ceux qui passaient devant. Les quelques gémissements que l’on pouvait entendre étaient entrecoupés de bruits de liquide et du son sourd du bandage que l’on enroule autour du bras.

Personne n’osait toquer à la porte, sachant pertinemment ce qui s’y déroulait.

Psiek poussa un profond soupire et mordit dans un bout de bois, laissant couler un fluide dont la forte odeur de miel lui donnait la nausée et lui tournait la tête. Un gémissement étouffé s’échappa de ses lèvres, tant la douleur était puissante. Elle pensait pourtant être habituée… Pourtant, tout semblait plus éprouvant au fur et à mesure. Comme si son corps se refusait de s’habituer à cette vie.

Prenant son courage à deux mains, la châtain attrapa avec une pince un morceau de fer qui était chauffé à l’aide d’un petit feu. Elle déglutit avec difficulté et l’appliqua soudainement sur une plaie de sa cuisse, laissant un cri puissant s’échapper de sa gorge, lui écorchant les cordes vocales de par sa puissance…

Mais la plaie était refermée.

Haletante, la pauvre combattante termina d’enrouler chacune de ses plaies, chassant d’un revers de mains les larmes qui s’étaient écoulées sur son visage. Même si elle avait gagné le combat, il avait été particulièrement atroce. Autant pour elle que pour son adversaire. Un invité avait payé le prix fort pour qu’on ordonne à la Faucheuse de pratiquer certaines sévices sur sa victime. Et cette dernière était non seulement puissante, mais aussi animée par la volonté de ne pas souffrir. Aussi, elle s’était battue plus farouchement qu’une lionne.

Pourquoi ?

Tout cela n’avait qu’un seul but. Amuser une galerie d’abrutis qui n’avaient sûrement rien vécu de pire que de se prendre une bête écharde dans le doigt. Et gonfler l’orgueil de l’Hôte qui pouvait se vanter de faire tout ce qu’il désirait de la vie de ses victimes. Il était un dieu dans un monde de pauvreté et de terreur. Un dieu minable et détesté. Mais un dieu tout de même…

Une fois les plaies soignées, la pauvre châtain se rendit malheureusement compte que la douleur lui avait fait oublier un détail important : Elle était encore couverte de sang, hormis sur ses plaies justement, et elle ne pouvait décemment pas dormir ainsi. Elle défit donc tout son travail, regardant les bandages gâchés tomber silencieusement sur le sol, glissant ensuite une jambe dans l’eau exceptionnellement tiède du bain. Même si le froid était préféré pour une « belle peau », on lui permettait parfois d’augmenter la température de son bain, notamment en cas de blessures profondes.

Un mal pour un bien.

Un soupire d’aise s’échappa de ses lèvres, tandis que la combattante usée laissait sa tête tomber délicatement sur le rebord de la baignoire, laissant quelques mèches s’humidifier au contact de l’eau. Cette dernière lui piquait délicatement les plaies, mais la sensation était presque un plaisir comparé à ce qu’elle avait dû subir auparavant. Ses yeux glissaient d’un bout à l’autre de son corps, constatant les dégâts avec une grimace. Son corps devenait une toile de cicatrices. Même s’il s’était musclé avec le temps, il représentait surtout un temple de douleur et de désastre.

Que pouvait-elle dire ?

Tandis que ses mains commençaient à glisser sur son corps avec précaution, chassant le sang séché qu’elle avait oublié, le bruit de la porte parvint à la faire sursauter. Contrairement à ce qu’elle aurait pu imaginer, Fémence n’était pas venu pour la taquiner, ni même quémander l’accès à son corps, malgré ses blessures. Non :

Une étrangère se tenait à l’entrée.

Une femme à la peau sombre, rappelant le chocolat que Psiek avait pu observer une fois sur le plateau de Fémence, des cheveux d’un magnifique blond parsemés de quelques mèches roses, montées en deux couettes hautes… Le plus perturbant étaient les yeux d’un noir intense qui semblait la sonder. Si Psiek avait été dans une autre position, elle aurait pris plaisir à se renseigner sur la demoiselle.

Les étrangers étaient rares, et malgré les remontrances de ses parents, Psiek avait toujours désiré converser avec eux et en apprendre plus sur leur vie. La jeune femme était persuadée qu’ils avaient d’innombrables choses à lui apprendre, des coutumes, des histoires, une façon de penser différente… Mais ici, il n’était malheureusement pas question de se montrer amicale, ni curieuse. Elle ne devait pas oublier qu’elle était sur un territoire où sa vie se jouait à chaque instant.

De plus, la personne face à elle semblait porter de somptueux vêtements. Une magnifique robe parsemées de dentelles et de froufrous, qui rendraient jalouses les coquettes les plus modernes de la Grande Capitale. Ainsi qu’une broche proche d’une poitrine relativement plate. Une broche dorée et parsemée de petites pierres précieuses.

Même les paons n’avaient pas droit à de pareils attraits, alors que leur but premier était pourtant de régaler les yeux des convives…

Alors que la demoiselle s’apprêtait à demander ce que voulait la nouvelle venue, cette dernière lâcha un petit rire légèrement rauque qui apaisait malgré soi. L’inconnue s’approcha de quelques pas, lorgnant de haut en bas ce qui semblait être sa nouvelle proie. Elle commença ensuite à tourner autour du bain, comme pour mieux capter les différents détails qui s’offraient à elle.

Psiek ne put s’empêcher de se sentir mal à l’aise face à ce regard perçant et calculateur. Elle le reconnaissait sans peine. C’était le même qu’avaient certains invités quand ils la regardaient combattre : Un regard remplis d’envie. Et pas une envie innocente.

Pourtant… C’était une femme, en face d’elle. Non pas qu’elle se sentait écœurée d’un tel regard, mais jamais aucune femme ne l’avait regardée ainsi auparavant. Et elle n’était pas sûre d’en avoir envie. C’était bien trop perturbant par rapport à ses habitudes. Des hommes, pourquoi pas… Mais une femme ?

 

– « On ne m’avait pas menti. Tu es très intéressante ma belle… J’aimerai t’avoir pour une soirée. » lâcha la blonde en chantonnant.

 

Psiek eut un sursaut exagéré et bougea rapidement dans la baignoire pour se retrouver à l’opposé de sa prédatrice, glissant une main sur ses seins pour les camoufler. Le rouge avait gagné ses joues et elle avait si chaud qu’elle se sentait capable de rivaliser avec le soleil.

Néanmoins, contrairement à ce qu’elle aurait pu penser, elle ne ressentait aucun dégoût. Juste une légère inquiétude. Comment était-elle entrée ? Comment avait-elle pu se le permettre ? Et surtout, pourquoi avait-elle ce genre de penchant ? Pour être honnête, elle-même avait reconnu la beauté de certains paons. Mais justement, Psiek n’en était pas un. Elle n’avait pas leur grâce, la peau fine et délicate, semblable à du lait. Si on devait la placer dans le monde animal, elle serait un cheval de trait, là où les autres filles étaient de purs sang arabes.

Déjà que la combattante ne comprenait pas comment des hommes pouvaient désormais être attirés par son corps balafré…

La pauvre jeune femme sentit son cœur tressauter en voyant que son alter ego à la peau d’ébène avait repris son chemin vers elle. Psiek hésita un peu, sachant qu’il ne servirait à rien de passer d’un bout à l’autre de la baignoire. Elle décida donc de la laisser s’approcher totalement d’elle, la regardant se pencher puis attraper son menton avec une certaine délicatesse.

Il n’y avait aucune difficulté à établir la différence entre elle et Fémence.

La châtain rougit en sentant les yeux de l’étrangère la scruter davantage, détournant le regard sur le côté et priant pour que cela soit vite terminé. Mais visiblement, ce n’était pas la volonté de l’autre, bien au contraire. L’inconnue continuait de glisser ses yeux le long du visage de la combattante. Elle observait ses yeux retroussés, son petit nez qui l’était également, ses lèvres qui ne semblaient jamais être capables de former un sourire…

Un de ses doigts glissa sur la joue, caressant une cicatrice qui s’était récemment refermée. Pas de doute. Elle voulait vivre. Quitte à en souffrir. Quitte à perdre son corps. Il s’agissait d’un acte réfléchi et volontaire. Aucune forme de folie, comme on avait pu lui suggérer. Non. La folie n’avait pas sa place dans cet endroit dénué de raison. Les fous ne vivaient jamais assez longtemps pour pouvoir le revendiquer.

Elle était saine d’esprit. Et avait visiblement un plan bien rodé. Il fallait être stupide pour ne pas le voir. Et pourtant, elle s’y tenait fermement. Malgré les regards. Malgré les doutes qui pesaient sur elle. Car elle le sentait forcément.

Oui… Sa volonté de vivre dépassait l’entendement.

 

– « Je lui demanderai de me laisser une soirée avec toi. Il me doit bien ça… » susurra finalement la demoiselle, après avoir caressé le visage de sa proie un petit moment.

 

Psiek fronça les sourcils, hésitant un peu. Il lui devait bien ça ? Sans savoir réellement pourquoi, elle se doutait que la nouvelle venue lui parlait de l’Hôte. Du Maître. Elle ne pouvait parler que de lui. Elle ignorait les liens qui les réunissaient, même si elle avait certains doutes…

Elle secoua finalement la tête, déclarant qu’elle se porterait très bien sans passer de soirée avec elle. Elle ajouta par ailleurs avec ironie qu’elle ne connaissait pas son nom et que ses parents lui avaient toujours ordonné d’éviter les inconnus. Et elle se garda bien de préciser qu’elle ne les écoutait pas, à l’accoutumée. Étrangement, aujourd’hui, elle se sentait prête à écouter leurs recommandations intolérantes…

Malheureusement pour elle, alors qu’elle allait repousser la main de la jeune femme, la porte s’ouvrit sans aucune douceur, annonçant la venue d’un rouquin qu’elle ne connaissait que trop bien. Un soupire s’échappa de ses lèvres. Quand pourrait-elle prendre un bain tranquille, sans subir des dizaines d’inconnus, leurs yeux posés sur sa nudité ?

Probablement jamais.

Fémence afficha un sourire visiblement ravi, se rapprochant des deux demoiselles. Il remercia la nouvelle venue d’être présente et la serra dans ses bras, montrant qu’une proximité existait entre eux depuis un petit moment.

Psiek sentait qu’elle avait bien fait de ne pas envoyer totalement paître l’inconnue.

Le roux se tourna vers elle et sembla froncer les sourcils un instant, avant de reprendre son éternel sourire de façade. Il expliqua à la demoiselle que la jeune femme ici présente se prénommait Prisme, et qu’elle était une proche particulièrement appréciée du jeune Maître. Il attendait donc d’elle un comportement exemplaire et particulièrement avenant. Il n’accepterait aucun refus de sa part, ni aucune contrainte…

 

– « Vois-tu, nous tenons tous énormément à elle. Si tu venais à faire quoique ce soit qui pourrait la contrarier… Et bien, tout ce que tu as su construire à ce jour retomberait en poussière, comme un simple château de sable. Est-ce bien compris ? »

 

Chapitre 19

 

Chapitre 16: Souvenirs lointains

« Étais-tu heureuse dans ta famille ? » demanda la servante, curieuse.

Ses yeux fixaient Psiek qui semblait ne pas savoir répondre. S’il y avait bien une chose que la petite servante avait appris au fil des ans, c’est que la majorité des femmes présentes, et encore en vie, avaient eut une vie heureuse et égoïste dans leur famille. Choyées, gâtées…

La châtain observa silencieusement la blonde. Heureuse ? Une chose était sûre, elle n’avait pas été malheureuse. Ses parents ne la traitaient pas vraiment mal, mais il était difficile de parler de pur bonheur quand on était paysanne. Il fallait se lever tôt, travailler dur, les plaisirs étaient rares et vivement critiqués par moment. Elle avait par exemple toujours caché qu’elle n’était plus vierge.

Une femme qui avait goûté au péché sans être mariée, c’était très mal vue. Elle enviait souvent les hommes sur ce point…

­ « Je n’étais pas malheureuse en tout cas. La vie était parfois difficile, mais mes parents m’aimaient », répondit-elle finalement, après quelques minutes de silence.

Depuis quelques jours, la demoiselle s’était retrouvée dans une chambre au niveau du premier étage. Elle pouvait voir la nature par sa fenêtre et avait même une servante attitrée qui venait s’occuper d’elle une fois par semaine.

Même si la tueuse ne voulait pas s’habituer à trop de confort, elle devait reconnaître qu’il était agréable de se faire choyer par moment. Et au moins, quelqu’un prenait soin de son corps et cela évitait à Fémence de sortir une énième remarque sur le manque d’élégance…

Même si Psiek refusait toujours de quitter ses poils. Le roux avait d’ailleurs fini par comprendre puisqu’il ne lui en parlait plus. Il avait même reconnu la douceur de ceux-ci. Parfois, la demoiselle avait l’impression qu’elle avait réussi à le conquérir tout en restant elle-même. Oh non, pas son esprit, évidemment. Personne ne le pouvait. Ni son cœur. Mais elle avait réussi à s’immiscer dans ses goûts, à lui apprendre à aimer son corps tel qu’il était, sans aucune retouche.

Elle avait appris à lui faire tolérer ses poils et à les apprécier à leur juste valeur.

Pourtant, elle savait que ce n’était pas le cas chez les autres femmes. Fémence continuait de les critiquer vivement si elles oubliaient ne serait-ce qu’un poil de sourcil. Mais pas chez la châtain.

L’homme avait dit qu’il s’agissait de simple flemme pour les autres. Mais pas pour Psiek.

Cette dernière n’était pas sûre d’avoir tout compris… Mais elle n’avait clairement pas le luxe de plaindre les autres. Si on ne se montrait pas un minimum égoïste, ici, on était fichu.

La servante continua de travailler sur les cheveux de la demoiselle, appliquant une drôle de poudre. D’après elle, cela permettait de les nettoyer sans les agresser trop souvent. Psiek n’avait pas tout compris et s’en fichait un peu, à vrai dire. Quand on était paysanne, ce n’était pas le soin du corps qui venait en premier. Pour le peu que l’on pouvait faire, de toutes façons…

La châtain se laissa transporter par ses pensées et ses souvenirs.

Est-ce qu’elle était heureuse avant ?

La demoiselle se souvenait que ce n’était pas la voix de sa mère qui la réveillait le matin, mais la puissance du soleil qui l’aveuglait. Quand elle avait de la chance, quelque chose le camouflait à moitié, et elle pouvait se réveiller en douceur. Mais en général, sa mère ouvrait les volets d’un geste sec et lui ordonnait d’aller ramasser les bouses des animaux, pour pouvoir préparer l’engrais.

La demoiselle devait donc lutter contre les nausées pour s’affairer à sa tâche, juste après avoir sorti le bétail pour manipuler la litière souillée. Elle devait toujours gardé un œil sur les deux vaches, les trois montons et les quelques poules qui tentaient de picorer un ver de terre ou deux.

La paysanne menait ensuite les bêtes plus loin, vers la forêt, où elle connaissait une pâture garnie d’herbes, après avoir remis les poules dans le bon enclos. Évidemment, elle ne pouvait pas juste se reposer en gardant les animaux. Sa mère lui donnait toujours du travail manuel à faire, sans compter les herbes et champignons à trouver tout autour d’elle.

Elle tissait maladroitement la laine des bêtes pour former des pelotes, s’arrêtant parfois pour guetter dans les arbres ou les herbes hautes, à la recherches d’un fruit ou d’une racine à grignoter. Quand elle avait de la chance, elle tombait sur un coin de pissenlit, trouvait une pomme de terre sauvage ou quelques joncs. Elle allumait alors un feu et les faisait cuire, faisant généralement griller l’un des aliments en rattrapant un mouton qui était allé trop loin. Mais c’était toujours mieux de manger quelque chose de brûlé, plutôt que rien du tout.

Parfois, on envoyait quelqu’un prendre le relais. Cela signifiait généralement que ses parents l’avaient louée à une autre famille, pour remplacer un enfant trop fatigué ou malade. Elle devait alors travailler deux fois plus dur pour mériter le bout de pain qu’elle allait ramener. Son père savait qu’elle était payée à la tâche et n’acceptait jamais de la laisser rentrer quand le morceau était trop petit.

Il n’était pas méchant, elle le savait. La vie était juste trop dure.

Psiek avait parfois pensé à vendre son corps. Par crainte de la réaction de son père, lorsque son gain n’était pas assez fourni. Mais il fallait se débarrasser de ses poils. Pour éviter les grumeaux de spermes, diminuer le risque de maladie, d’après les rumeurs. Et surtout parce que les hommes des alentours préféraient payer des puterelles, car elles étaient réputées pour être moins chères que les femmes.

C’était en tout cas ce qu’ils prétendaient, même si la jeune femme savait au fond d’elle ce qu’ils désiraient vraiment : Pas économiser, non. Coucher avec des enfants.

Elle avait finalement repoussé l’idée et s’était débrouillée pour travailler davantage. Même les plus radins finissaient par reconnaître qu’elle travaillait fort. De la corne avait fini par se former sur ses mains et ses pieds. Ses hanches étaient devenues plus épaisses, ses épaules plus carrées. Elle avait su transformer son corps non pas pour séduire, mais pour réussir.

C’était elle qu’on demandait avant-tout.

Certains jeunes hommes avaient fini par céder aux charmes de son corps. Elle recevait parfois de la nourriture en plus, comme des sortes d’offrandes. Elle avait alors pu manger davantage à sa faim. Son ventre s’était épaissi, ses seins avaient un peu gonflés, même si sa mère lui répétait parfois qu’il s’agissait d’un don de Dieu.

Mais tout croyante qu’elle était, elle doutait que Dieu perde son temps pour simplement lui ajouter de la poitrine. Mais ça, elle ne l’avait jamais dit. La demoiselle n’était pas assez folle pour oser prétendre que Dieu n’était pas derrière chaque action.

Mais tout ça, c’était bien avant. Avant que deux hommes ne débarquent au milieu de la forêt, alors qu’elle gardait les bêtes. Avant qu’ils ne la traînent de force et ne lui cogne l’arrière du crâne. Ils l’avaient jetée dans une sorte de coffre et n’avait pu sentir que les bosses sous les roues de la charrette. Ses yeux ne voyaient que le noir profond et un futur bien flou. Ses oreilles n’entendaient que les rires gras des deux kidnappeurs, et sa voix intérieure qui lui reprochait de ne pas avoir été assez pieuse.

Ses mains ne sentaient que le bois. Un bois qui écorchait ses genoux, mal taillé, donc des échardes s’échappaient pour se planter méchamment dans sa peau.

Psiek avait perdue une vie certes misérable, mais qu’elle avait su forger de ses mains, pour une survie où seul le sang et la mort garantissaient son existence.

­ « Mademoiselle ? Mademoiselle Psiek ? » interpella la domestique, un peu perdue.

La mentionnée rouvrit les yeux et la regarda avec rage malgré elle. Ses pensées avaient réveillé son instinct de tueuse. Elle se calma néanmoins en captant l’air apeuré de la jeune fille. La demoiselle secoua la tête, lui demandant ce qu’elle voulait.

Elle la laissa finalement sortir de la chambre, comprenant que la petite avait simplement terminé son travail.

Enflammée, la châtain se leva et s’approcha du grand miroir de sa chambre. Elle contempla ses hanches toujours aussi larges, sa fière poitrine qui se dressait sous le linge fin laissant deviner les pointes dressées par le frisson qui l’avait parcourue, ses cheveux d’un dégradé anarchique et ses poings abîmés par les nombreux combats.

On l’avait forcée à devenir ainsi. Elle ne savait pas si elle détestait ou admirait son reflet dans le miroir. Mais ce n’était toujours pas assez. Pas assez. Il fallait qu’elle devienne bien plus que tout cela. Elle devait encore grandir, se renforcer. Devenir la joker caché de cette partie de carte.

Son poing s’écrasa dans le miroir, le brisant en mille morceaux. Psiek ignora le sang qui coulait, la douleur n’étant que superficielle. Elle observait simplement les centaines de reflets de son visage. Peu importe les blessures et les cicatrices.

Elle continuerait d’arborer cet air enragé. Même lorsqu’elle pourrait enfin tuer le Maître.

 

Chapitre 17 Chapitre 18

 

Chapitre 10: Rapprochement inattendu

Hola lecteur ou lectrice. Sache qu’un passage de ce chapitre a été coupé car il comportait une scène de sexe décrite. Mais sache que tu pourras le découvrir à la sortie du livre, lorsque tous les chapitres seront parus sur ce site. Je te remercie de ta compréhension! Bonne lecture 😉

Psiek gardait les yeux fermés, profitant du bruit de fond pour se détendre. Deux longs mois s’étaient passés depuis qu’on lui avait donné un nouveau rang. La Faucheuse. La seule et unique. Et pourtant, elle n’avait pas encore eut à combattre sous ce visage. Sous ce rôle.

Les combats s’étaient enchaînés tranquillement. Elle avait été blessée un grand nombre de fois, mais elle remportait toujours la victoire. La châtain se relevait chaque fois. Peu importe ce qui lui arrivait. Une part de son esprit se refusait à se laisser aller. Son corps était devenu esclave de tout son intellect.

Elle ne pouvait plus respirer à cause d’un coup violent dans l’estomac ? Elle ignorait la douleur et se forçait à se relever et à avaler une grande bouffée d’air.

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