L’enfance de Prisme

Prisme se rappelait parfaitement la première fois qu’elle avait enfilé une robe.

Prisme heureuse, après avoir enfilé sa première robe.

Sa mère était pauvre et son enfant grandissait bien trop vite. Une amie avait proposé de lui passer des vêtements. Même si Prisme était encore considérée comme un garçon, à l’époque, sa mère avait accepté sans problème. On ne crachait pas sur des vêtements gratuits.

C’est sûrement ce jour-là, en voyant le visage rayonnant de son fils, qu’elle avait commencé à comprendre qu’elle n’avait plus de petit garçon… Mais une adorable petite fille pleine de joie.

Sweet Canari

Chapitre 27: L’effroyable vérité

Le cœur de Psiek battait à tout rompre. C’était sa troisième nuit dans le lit du Maître. Elle était en train de limer ses ongles tandis que sa poitrine semblait prête à exploser. Le trac la mangeait de toutes parts. C’était enfin le grand soir.

Elle commença à appliquer de la crème sur les mains douces et froides, massant avec délicatesse. C’était presque devenu une routine. S’occuper de lui. Le masser. Caresser. Appliquer toutes sortes de produits. Veiller à son bien-être et son confort. Comme s’il s’agissait du cristal le plus pur et le plus fragile au monde.

Un dégoût traversa le corps de la combattante. Et puis quoi encore ? Du cristal ? Ce n’était que du verre basique qui se camouflait sous son polissage pour paraître plus beau et plus riche qu’il ne l’était vraiment. Mais quand on le brisait, il redevenait ce qu’il était : basique, fragile et coupant.

Du véritable poison.

Une envie de cracher saisit la jeune femme mais elle se retint. Elle devait continuer d’arborer un sourire dominé et ravi.

Psiek aida ensuite le jeune homme à se changer, après avoir passé un linge mouillé par de l’eau de rose sur son corps. Il ne demandait toujours rien de sexuel. La première nuit, elle avait été effrayée, s’imaginant être tuée le lendemain matin. La seconde, elle était vexée, persuadée de ne pas être au goût d’un tel homme.

Finalement, elle s’était demandé si ce n’était pas un test. Elle se coucha près de lui, faisant mine de s’endormir. Test ou pas, tout cela l’arrangeait réellement. Elle avait hésité à agir la première nuit, mais elle avait craint que l’homme ne soit trop méfiant. Il fallait absolument faire croire à une totale soumission.

Elle attendit de longues heures avant de se redresser, observant le calme de l’endormi. Elle guetta sa respiration un moment, voulant être totalement sûre qu’il ne se réveille pas d’un coup. Chaque parcelle de son corps était tirée à l’extrême. Elle avait l’impression d’être sa propre marionnette. De contrôler son corps tout entier, tout en étant à l’extérieur de celui-ci.

La peur qu’elle ressentait était bien plus intense que lors des combats dans l’arène. Même lorsqu’il s’agissait de combats à mort. Car si d’habitude, elle avait une chance de s’en sortir, ici ce serait foutu en cas de réveil. Celui qu’elle affrontait était au même niveau que Dieu.

Mais contrairement à ce dernier, ce n’était pas de la curiosité qu’elle ressentait, mais une crainte intense…

Inspirant profondément, Psiek se promit que ce serait la dernière fois dans sa vie qu’elle aurait aussi peur. Le règne de ce tyran était terminé. Il allait regretter toutes les mauvaises actions qu’il avait faites et devrait se justifier auprès du Diable en personne.

La jeune femme écarta les cuisses et récupéra difficilement un objet qu’elle avait caché au niveau de son intimité. Le fait que ce monstre ne veuille pas la toucher était une aubaine, puisqu’elle avait pu cacher la clef de sa liberté. Elle déballa l’espèce de petit tissu qui recouvrait l’objet, l’observant avec ébahissement.

Un de ses ongles en forme de lame. Pointu, affuté. Elle les conservait uniquement pour ses combats à mort, avec autorisation du Maître. Autrement dit, c’était un peu comme si le Maître lui avait autorisé de le tuer, n’est-ce pas ? La jeune fille retint de justesse un léger rire. La vie était drôlement ironique parfois.

Elle allait le tuer avec son approbation.

La châtain n’avait pas cette espèce de colle pour appliquer les ongles, mais elle n’en avait pas besoin. Elle glissa avec légèreté ses doigts au niveau du cou, se concentrant. À force de tuer, elle avait fait de nombreux essais. Elle avait pu déterminer avec une assez grande précision où il fallait planter la mini lame pour que le sang coule à flot. Un sang rouge et excitant, elle en était persuadé. Une pensée folle lui vint même en s’imaginant le goût. Jamais la mort de quelqu’un ne l’avait autant excitée.

Dans un sens, elle se dit que ses victimes devaient la remercier de les avoir utiliser pour ça. Elle-même aurait été ravie de contribuer à la mort de cet enfoiré, si elle n’avait pas été la tueuse.

Psiek inspira. Elle glissa tout doucement la pointe vers la gorge… Et l’enfonça d’un geste sec, le retirant tout aussi rapidement pour ne pas empêcher le liquide de s’écouler. Un tremblement d’excitation la saisit tandis qu’elle observa le sang commencer à s’écouler.

Pourtant, l’excitation redescendit bien vite. Elle s’était imaginée aspergée de ce sang impure. Elle avait pensé devoir couvrir la bouche de l’endormi, s’attendant à un réveil brutal et bruyant. Mais l’homme semblait toujours dormir paisiblement. Pire encore : Son sang coulait avec lenteur, et des traces de croûtes se formaient déjà.

Elle n’avait jamais vu aucun sang sécher aussi rapidement.

Un haut le cœur la saisit avec violence tandis qu’elle se recula, descendant du lit et se frottant la tête avec rage. Ce n’était pas une réaction normale. Non. Elle n’était pas experte en morts, mais elle savait qu’il n’était pas sensé réagir comme ça…

Psiek sentit son souffle se couper une seconde. Experte en mort.

Son regard se figea sur le corps devant elle. Un être vivant normal aurait dû agoniser et perdre des litres de sang. Tout s’embrouillait dans son esprit. Les lettres du soumis qu’elle avait pu lire se mirent à la tourmenter. Elle se remémora également un de ses moments d’égarement dans le château, lorsqu’elle avait rencontré ce type, Memphis, et qu’il lui avait montré…

La combattante dût plaquer sa main sur sa bouche pour se retenir de vomir. Elle avait toujours eu tous les éléments bien face à elle. Et pourtant, elle était passée à côté, comme une idiote. L’homme devant elle, le… Maître ? Non, ce n’était pas le Maître. Et ce n’était même plus un homme. Depuis combien de temps ? On s’était joué d’elle. Toutes les personnes ayant mis un pied dans ce château s’étaient faites manipuler.

Sans réfléchir, la demoiselle courut vers la fenêtre, l’ouvrit et se jeta dans le vide. La peur semblait la poursuivre et elle eut une chance incroyable que la douve soit suffisamment remplie d’eau. Elle ne s’inquiétait même plus du bruit qu’elle avait pu faire. Elle voulait juste quitter les Enfers et aller loin. Très loin.

Psiek s’extirpa de l’eau avec peine et commença à courir vers la zone qu’elle avait repéré, la dernière fois, sentant des larmes lui monter aux yeux.

Sans réfléchir, elle comprit également que Prisme lui avait menti. C’était obligé. Tout n’avait été que manipulation depuis le début. Le Maître n’était qu’un cadavre. Une marionnette sans vie. Quelqu’un qu’on n’avait pas eu la décence d’enterrer solennellement. Juste pour l’utiliser à des fins personnelles.

La châtain s’arrêta quelques secondes pour vomir, les larmes dégoulinant sur ses joues. Elle ne savait pas par quel miracle elle y avait échappé, mais elle avait failli coucher avec. C’était son rôle, à la base. Coucher avec un cadavre. Elle avait touché ses mains. Elle les avait embrassées. À cette pensée, une nouvelle nausée la saisit, et la demoiselle vida tout son être.

Elle reprit sa course, se retenant difficilement de ne pas penser à tout ce qui s’était passé, à ceux qui étaient impliquées, à elle… Prisme lui avait-elle menti ? Jusqu’où savait-elle la vérité ? FS… Cela ne pouvait être que Fémence. Nicolae avait beau être un prénom commun, elle aurait dû ouvrir les yeux. Sans compter le nom de Prisme. Et la fois où elle avait été amenée dans cet étrange pièce ?

Psiek s’imagina sans difficulté que cela devait être à cet endroit que l’homme usait de sa magie. Un nécromancien. Il avait fallu qu’elle tombe sur quelque chose d’encore pire que d’une puissance malfaisante comme le Maître. Depuis le départ, ce n’était pas lui qui tirait les ficelles.

Haïssait-il son frère à ce point ? Et tous ces gens à qui il refusait le repos éternel ? Avaient-ils conscience de ce qu’ils étaient ?

Les jambes ensanglantées par les ronces qui arrachaient sa peau à chaque passage, Psiek faiblit. Elle lutta néanmoins contre la douleur et la peur. Elle marchait au rythme des battements de son cœur.

C’était l’Enfer, et la jeune femme voulait s’en éloigner au maximum.

Chapitre 18: Une nouvelle faille dans le plan

Chapitre précédent: Ici.

Cher lecteur, tu remarqueras l’absence du chapitre 17, et ce n’est pas accidentel. Il ne sera disponible que sur la version papier, mais son absence n’empêche en rien la compréhension de ce livre.

 

 

Un râle sembla s’échapper de la principale pièce d’eau des combattantes, provoquant un frisson de terreur chez tous ceux qui passaient devant. Les quelques gémissements que l’on pouvait entendre étaient entrecoupés de bruits de liquide et du son sourd du bandage que l’on enroule autour du bras.

Personne n’osait toquer à la porte, sachant pertinemment ce qui s’y déroulait.

Psiek poussa un profond soupire et mordit dans un bout de bois, laissant couler un fluide dont la forte odeur de miel lui donnait la nausée et lui tournait la tête. Un gémissement étouffé s’échappa de ses lèvres, tant la douleur était puissante. Elle pensait pourtant être habituée… Pourtant, tout semblait plus éprouvant au fur et à mesure. Comme si son corps se refusait de s’habituer à cette vie.

Prenant son courage à deux mains, la châtain attrapa avec une pince un morceau de fer qui était chauffé à l’aide d’un petit feu. Elle déglutit avec difficulté et l’appliqua soudainement sur une plaie de sa cuisse, laissant un cri puissant s’échapper de sa gorge, lui écorchant les cordes vocales de par sa puissance…

Mais la plaie était refermée.

Haletante, la pauvre combattante termina d’enrouler chacune de ses plaies, chassant d’un revers de mains les larmes qui s’étaient écoulées sur son visage. Même si elle avait gagné le combat, il avait été particulièrement atroce. Autant pour elle que pour son adversaire. Un invité avait payé le prix fort pour qu’on ordonne à la Faucheuse de pratiquer certaines sévices sur sa victime. Et cette dernière était non seulement puissante, mais aussi animée par la volonté de ne pas souffrir. Aussi, elle s’était battue plus farouchement qu’une lionne.

Pourquoi ?

Tout cela n’avait qu’un seul but. Amuser une galerie d’abrutis qui n’avaient sûrement rien vécu de pire que de se prendre une bête écharde dans le doigt. Et gonfler l’orgueil de l’Hôte qui pouvait se vanter de faire tout ce qu’il désirait de la vie de ses victimes. Il était un dieu dans un monde de pauvreté et de terreur. Un dieu minable et détesté. Mais un dieu tout de même…

Une fois les plaies soignées, la pauvre châtain se rendit malheureusement compte que la douleur lui avait fait oublier un détail important : Elle était encore couverte de sang, hormis sur ses plaies justement, et elle ne pouvait décemment pas dormir ainsi. Elle défit donc tout son travail, regardant les bandages gâchés tomber silencieusement sur le sol, glissant ensuite une jambe dans l’eau exceptionnellement tiède du bain. Même si le froid était préféré pour une « belle peau », on lui permettait parfois d’augmenter la température de son bain, notamment en cas de blessures profondes.

Un mal pour un bien.

Un soupire d’aise s’échappa de ses lèvres, tandis que la combattante usée laissait sa tête tomber délicatement sur le rebord de la baignoire, laissant quelques mèches s’humidifier au contact de l’eau. Cette dernière lui piquait délicatement les plaies, mais la sensation était presque un plaisir comparé à ce qu’elle avait dû subir auparavant. Ses yeux glissaient d’un bout à l’autre de son corps, constatant les dégâts avec une grimace. Son corps devenait une toile de cicatrices. Même s’il s’était musclé avec le temps, il représentait surtout un temple de douleur et de désastre.

Que pouvait-elle dire ?

Tandis que ses mains commençaient à glisser sur son corps avec précaution, chassant le sang séché qu’elle avait oublié, le bruit de la porte parvint à la faire sursauter. Contrairement à ce qu’elle aurait pu imaginer, Fémence n’était pas venu pour la taquiner, ni même quémander l’accès à son corps, malgré ses blessures. Non :

Une étrangère se tenait à l’entrée.

Une femme à la peau sombre, rappelant le chocolat que Psiek avait pu observer une fois sur le plateau de Fémence, des cheveux d’un magnifique blond parsemés de quelques mèches roses, montées en deux couettes hautes… Le plus perturbant étaient les yeux d’un noir intense qui semblait la sonder. Si Psiek avait été dans une autre position, elle aurait pris plaisir à se renseigner sur la demoiselle.

Les étrangers étaient rares, et malgré les remontrances de ses parents, Psiek avait toujours désiré converser avec eux et en apprendre plus sur leur vie. La jeune femme était persuadée qu’ils avaient d’innombrables choses à lui apprendre, des coutumes, des histoires, une façon de penser différente… Mais ici, il n’était malheureusement pas question de se montrer amicale, ni curieuse. Elle ne devait pas oublier qu’elle était sur un territoire où sa vie se jouait à chaque instant.

De plus, la personne face à elle semblait porter de somptueux vêtements. Une magnifique robe parsemées de dentelles et de froufrous, qui rendraient jalouses les coquettes les plus modernes de la Grande Capitale. Ainsi qu’une broche proche d’une poitrine relativement plate. Une broche dorée et parsemée de petites pierres précieuses.

Même les paons n’avaient pas droit à de pareils attraits, alors que leur but premier était pourtant de régaler les yeux des convives…

Alors que la demoiselle s’apprêtait à demander ce que voulait la nouvelle venue, cette dernière lâcha un petit rire légèrement rauque qui apaisait malgré soi. L’inconnue s’approcha de quelques pas, lorgnant de haut en bas ce qui semblait être sa nouvelle proie. Elle commença ensuite à tourner autour du bain, comme pour mieux capter les différents détails qui s’offraient à elle.

Psiek ne put s’empêcher de se sentir mal à l’aise face à ce regard perçant et calculateur. Elle le reconnaissait sans peine. C’était le même qu’avaient certains invités quand ils la regardaient combattre : Un regard remplis d’envie. Et pas une envie innocente.

Pourtant… C’était une femme, en face d’elle. Non pas qu’elle se sentait écœurée d’un tel regard, mais jamais aucune femme ne l’avait regardée ainsi auparavant. Et elle n’était pas sûre d’en avoir envie. C’était bien trop perturbant par rapport à ses habitudes. Des hommes, pourquoi pas… Mais une femme ?

 

– « On ne m’avait pas menti. Tu es très intéressante ma belle… J’aimerai t’avoir pour une soirée. » lâcha la blonde en chantonnant.

 

Psiek eut un sursaut exagéré et bougea rapidement dans la baignoire pour se retrouver à l’opposé de sa prédatrice, glissant une main sur ses seins pour les camoufler. Le rouge avait gagné ses joues et elle avait si chaud qu’elle se sentait capable de rivaliser avec le soleil.

Néanmoins, contrairement à ce qu’elle aurait pu penser, elle ne ressentait aucun dégoût. Juste une légère inquiétude. Comment était-elle entrée ? Comment avait-elle pu se le permettre ? Et surtout, pourquoi avait-elle ce genre de penchant ? Pour être honnête, elle-même avait reconnu la beauté de certains paons. Mais justement, Psiek n’en était pas un. Elle n’avait pas leur grâce, la peau fine et délicate, semblable à du lait. Si on devait la placer dans le monde animal, elle serait un cheval de trait, là où les autres filles étaient de purs sang arabes.

Déjà que la combattante ne comprenait pas comment des hommes pouvaient désormais être attirés par son corps balafré…

La pauvre jeune femme sentit son cœur tressauter en voyant que son alter ego à la peau d’ébène avait repris son chemin vers elle. Psiek hésita un peu, sachant qu’il ne servirait à rien de passer d’un bout à l’autre de la baignoire. Elle décida donc de la laisser s’approcher totalement d’elle, la regardant se pencher puis attraper son menton avec une certaine délicatesse.

Il n’y avait aucune difficulté à établir la différence entre elle et Fémence.

La châtain rougit en sentant les yeux de l’étrangère la scruter davantage, détournant le regard sur le côté et priant pour que cela soit vite terminé. Mais visiblement, ce n’était pas la volonté de l’autre, bien au contraire. L’inconnue continuait de glisser ses yeux le long du visage de la combattante. Elle observait ses yeux retroussés, son petit nez qui l’était également, ses lèvres qui ne semblaient jamais être capables de former un sourire…

Un de ses doigts glissa sur la joue, caressant une cicatrice qui s’était récemment refermée. Pas de doute. Elle voulait vivre. Quitte à en souffrir. Quitte à perdre son corps. Il s’agissait d’un acte réfléchi et volontaire. Aucune forme de folie, comme on avait pu lui suggérer. Non. La folie n’avait pas sa place dans cet endroit dénué de raison. Les fous ne vivaient jamais assez longtemps pour pouvoir le revendiquer.

Elle était saine d’esprit. Et avait visiblement un plan bien rodé. Il fallait être stupide pour ne pas le voir. Et pourtant, elle s’y tenait fermement. Malgré les regards. Malgré les doutes qui pesaient sur elle. Car elle le sentait forcément.

Oui… Sa volonté de vivre dépassait l’entendement.

 

– « Je lui demanderai de me laisser une soirée avec toi. Il me doit bien ça… » susurra finalement la demoiselle, après avoir caressé le visage de sa proie un petit moment.

 

Psiek fronça les sourcils, hésitant un peu. Il lui devait bien ça ? Sans savoir réellement pourquoi, elle se doutait que la nouvelle venue lui parlait de l’Hôte. Du Maître. Elle ne pouvait parler que de lui. Elle ignorait les liens qui les réunissaient, même si elle avait certains doutes…

Elle secoua finalement la tête, déclarant qu’elle se porterait très bien sans passer de soirée avec elle. Elle ajouta par ailleurs avec ironie qu’elle ne connaissait pas son nom et que ses parents lui avaient toujours ordonné d’éviter les inconnus. Et elle se garda bien de préciser qu’elle ne les écoutait pas, à l’accoutumée. Étrangement, aujourd’hui, elle se sentait prête à écouter leurs recommandations intolérantes…

Malheureusement pour elle, alors qu’elle allait repousser la main de la jeune femme, la porte s’ouvrit sans aucune douceur, annonçant la venue d’un rouquin qu’elle ne connaissait que trop bien. Un soupire s’échappa de ses lèvres. Quand pourrait-elle prendre un bain tranquille, sans subir des dizaines d’inconnus, leurs yeux posés sur sa nudité ?

Probablement jamais.

Fémence afficha un sourire visiblement ravi, se rapprochant des deux demoiselles. Il remercia la nouvelle venue d’être présente et la serra dans ses bras, montrant qu’une proximité existait entre eux depuis un petit moment.

Psiek sentait qu’elle avait bien fait de ne pas envoyer totalement paître l’inconnue.

Le roux se tourna vers elle et sembla froncer les sourcils un instant, avant de reprendre son éternel sourire de façade. Il expliqua à la demoiselle que la jeune femme ici présente se prénommait Prisme, et qu’elle était une proche particulièrement appréciée du jeune Maître. Il attendait donc d’elle un comportement exemplaire et particulièrement avenant. Il n’accepterait aucun refus de sa part, ni aucune contrainte…

 

– « Vois-tu, nous tenons tous énormément à elle. Si tu venais à faire quoique ce soit qui pourrait la contrarier… Et bien, tout ce que tu as su construire à ce jour retomberait en poussière, comme un simple château de sable. Est-ce bien compris ? »

 

Chapitre 19