Camarade

Elle est là. Elle m’oppresse. Elle s’insinue au plus profond de moi.

Suffocation.

Accroupie, blottie contre mon dos, elle gratte doucement la chaire de mon épaule et me rappelle chacun de mes mauvais choix. Elle me hante et murmure, inlassablement. Je sens tout son poids. Je dois la porter.

Et moi?

Ses cheveux courts caressent ma nuque et me provoquent des frissons de malaise. Je peux sentir son souffle attaquer ma peau. Et ses paroles me heurter, une à une. Le regard presque caché, mais noir. Un sourire malsain. Les sourcils froncés. Elle se repait.

Je disparais petit à petit.

« Tu es une tache. Tu es inutile. Qui se soucie de toi? Tu devrais mourir. Ta naissance est une erreur. »

Chacun de ses mots entaillent mon corps. Ses phrases sont comme des lames aiguisées. J’ai beau tenter de les éviter, elles arrivent toujours à toucher leur cible.

Mon cœur?

Sa voix est faible, mais je la reconnais. La mienne. Mais plus grave… Plus rauque? Elle est petite, et prend pourtant tellement de place.

Comme un déni de grossesse, elle a grandi en moi, lentement. Elle s’est nourri de la haine. A aspiré toute la noirceur qui me touchait. Et quand elle est enfin née, elle était déjà monstrueuse. Si sombre. Si triste…

On se hait.

Comme une mère en difficulté, je l’ai laissée prendre le dessus. Me diriger. M’anéantir. Me gouverner.

Et alors que je me sens tomber, m’allonger en position fœtale, les lèvres gercées par la soif d’amour… Ma main se tend. Elle effleure sa joue. Puis j’attrape sa main.

Elle est petite, frêle, si maigre. Je sens les os de son poignet et je crains de la briser, sans même serrer. Et alors, je comprends.

Bercée par la haine, je devais lui répondre avec amour. Apprendre à l’aimer. Pour me sauver, je dois la sauver.

Et la sauver, c’est apprendre à m’aimer.

Image par Lars_Nissen de Pixabay

Publication

C’est avec une grande joie (et longtemps après l’avoir fait haha) que je vous annonce que j’ai publié un livre. Il ne s’agit néanmoins pas de fiction, ni de poésie, bien au contraire.

Ce livre contient les pensées qui ont pu traverser mon esprit lors de mes études et encore longtemps après. Certains savent que je subis une dépression depuis de longues années, et je voulais montrer à quel point notre esprit peut être torturé avec cette maladie.

Il s’agit d’une forme de thérapie pour moi. L’écrit peut être douloureux à lire selon votre émotivité. Mais c’est tout de même avec soulagement que je vous partage les liens où vous pouvez vous procurer ce recueil.

Vous pouvez l’avoir en format livre ici.

Vous pouvez le lire en format ebook ici.

Si vous tenez à vous le procurer, je vous conseillerai avant tout le format ebook. Notamment pour éviter aux livreurs trop de travail en cette période difficile de confinement. Je vous souhaite un bon courage et vous dis à très bientôt pour le prochain chapitre de Le Jouet.

Avec toute l’affection de ma plume,

Sweet Canari

 

illustration sombre

Boulimie sentimentale

J’avale. J’engloutis. J’aspire.

Tout.

Je veux effacer ce vide au creux de mon corps. Cet espace infini qui refuse de se remplir. J’ai beau tenter d’y enfourner de grandes pelles de tout, il n’y a rien.

Rien.

J’attache l’ouverture, je la couds, je l’agrafe. Tout ce qui peut la refermer est utilisé.

Mais ça ne sert à rien.

Tout finit toujours par ressortir. Dans de grandes expirations. De grands soupirs.

Mes bras s’agitent inutilement pour garder tout contre moi.

Quoi? Je l’ignore.

Je gonfle, je enfle, je prends de plus en plus de place. Pourtant, je m’efface toujours plus. Et je suis de plus en plus vide.

 

Je mange. Je me goinfre. Je bouffe.

Alors…

Pourquoi ai-je toujours aussi faim?

 

 

illustration sombre