Haïku

Captif du passé

un beau sourire cache souvent

des larmes de sang

Petit essai d’Haïku: il est parfois nécessaire de se donner des défis et de sortir de sa zone de confort.

l’Haïku se compose de trois phrases: une première de cinq syllabes, une deuxième de sept, et une troisième de nouveau de cinq syllabes. Un total donc de dix-sept syllabes, centrés dans le texte, formant comme un losange. Il n’est pas nécessaire de chercher à faire rimer.

L’Haïku n’a pas de thème particulier. Ici, j’ai simplement laissé mon cœur parler.

Et vous? Tentez d’essayer un haïku?

Camarade

Elle est là. Elle m’oppresse. Elle s’insinue au plus profond de moi.

Suffocation.

Accroupie, blottie contre mon dos, elle gratte doucement la chaire de mon épaule et me rappelle chacun de mes mauvais choix. Elle me hante et murmure, inlassablement. Je sens tout son poids. Je dois la porter.

Et moi?

Ses cheveux courts caressent ma nuque et me provoquent des frissons de malaise. Je peux sentir son souffle attaquer ma peau. Et ses paroles me heurter, une à une. Le regard presque caché, mais noir. Un sourire malsain. Les sourcils froncés. Elle se repait.

Je disparais petit à petit.

« Tu es une tache. Tu es inutile. Qui se soucie de toi? Tu devrais mourir. Ta naissance est une erreur. »

Chacun de ses mots entaillent mon corps. Ses phrases sont comme des lames aiguisées. J’ai beau tenter de les éviter, elles arrivent toujours à toucher leur cible.

Mon cœur?

Sa voix est faible, mais je la reconnais. La mienne. Mais plus grave… Plus rauque? Elle est petite, et prend pourtant tellement de place.

Comme un déni de grossesse, elle a grandi en moi, lentement. Elle s’est nourri de la haine. A aspiré toute la noirceur qui me touchait. Et quand elle est enfin née, elle était déjà monstrueuse. Si sombre. Si triste…

On se hait.

Comme une mère en difficulté, je l’ai laissée prendre le dessus. Me diriger. M’anéantir. Me gouverner.

Et alors que je me sens tomber, m’allonger en position fœtale, les lèvres gercées par la soif d’amour… Ma main se tend. Elle effleure sa joue. Puis j’attrape sa main.

Elle est petite, frêle, si maigre. Je sens les os de son poignet et je crains de la briser, sans même serrer. Et alors, je comprends.

Bercée par la haine, je devais lui répondre avec amour. Apprendre à l’aimer. Pour me sauver, je dois la sauver.

Et la sauver, c’est apprendre à m’aimer.

Image par Lars_Nissen de Pixabay

Abandonnée

dessin de fille en pleurs

Abandonnée.

Par la vie. Par les proches. Par moi-même.

Isolée du monde, molestée d’insultes et de failles. Que dire ? Que faire ? Se taire et endurer.

Parfois, le soleil semble illuminer un peu plus le quotidien. Il vous désigne et vous fait sourire. Vous fait croire à un bonheur possible, tendre, presque inespéré. Mais ce n’est qu’un leurre. Un mirage pour vous faire oublier un instant la dureté de la réalité.

La peur. L’angoisse. L’inutilité de votre être. Tout n’est que mensonges et paillettes jetés à la figure pour faire croire que cela ne va pas si mal. Mais ça va mal.

Rien ne bouge. Tout est fixe. Vous étiez malheureux et vous le resterez. À quoi bon faire semblant ? Imiter le sourire des autres. Faire croire qu’il y a une chance, même pour vous.

Tout est faux.

Abandonnée…

Délaissée par le bonheur, oubliée par l’espoir. Rangée dans un tiroir qu’on ne rouvrira pas avant plusieurs années. « Ah mais, c’était là, ça ? ». On ne vaut pas mieux qu’un ça. Qu’un quelque chose. Que rien du tout.

Par la vie. Par les proches. Par soi-même. On est confiné dans une pelote de tourments. Emmêlé dans les nœuds. On bataille, en vain. On sort un bras, vaillant, avant de se retrouver attiré par le fond. Détruis, petit à petit.

Abandonnée ! Que puis-je dire de plus ?

La lune elle-même refuse de vous donner un petit rayon de lui-même. Engloutie par l’obscurité. Mâchée avec violence. Puis recrachée.

Pas même bonne à être dévorée, consumée. Juste posée, là, en attendant.

Emmêlée avec les autres. Perdue dans sa compréhension de soi. Qui suis-je ? Qui sommes-nous ? Etais-je eux ?

Abandonnée. Voilà tout ce que je serai ?

Sweet Canari

Elle

silhouette de femme sur fond noir

Elle est belle.

Elle ne s’aime pas. Ses cheveux fourchus. Ses kilos en trop. Sa peau abîmée. Sa difficulté à créer un lien social.

Pourtant, elle est belle.

Le monde a beau être rempli, il n’y a qu’elle.

Elle qui rit, elle qui lutte, elle qui vit. Elle qui crée l’attente chaque matin. Un simple message. Un simple visage souriant. Un simple signe de sa part.

Ses cheveux ont un parfum exquis. On pourrait les caresser durant des heures. Ses fourches sont le simple signe d’une lutte capillaire. Et quelle lutte ! On pourrait l’admirer se battre durant des décennies. Encore et encore. Toujours…

Ses kilos sont moelleux, on a envie de les pétrir. Mordre tendrement dans la chair au péché de gourmandise. Elle vit et en profite. On ne veut pas la voir cesser. On veut l’accompagner, l’encourager, la porter : elle est heureuse ainsi. Et c’est tout ce qui compte.

Sa peau est fatiguée. Pâle et tirée, nos doigts veulent s’y glisser, s’y blottir. Caresser. Effectuer des lignes imaginaires pour l’apaiser. Sait-elle que son sourire suffit à tout illuminer ? Effacer chaque chagrin de ce triste monde ? Elle ne sait pas.

Son hésitation s’affiche à chaque rencontre. Ses efforts lui pèsent. Découvrir, supporter, continuer. Ou bien tout arrêter ? Se hisser au rang d’ami se mérite. Et quel prestige ! Son rire est une médaille merveilleuse. La lutte en vaut la chandelle.

Elle est belle et elle ne le sait pas. Elle ne l’accepte pas. Elle ne m’écoute pas. Pourtant…

Sans me lasser, je continuerai de lui révéler.

Sweet Canari

Vide ambré

Mal-être

Poussière d’étoiles sans éclat,
Rêve brisé au premier pas.
Sa vie est fade et sans valeur.
On lui a promis monts et merveilles.

Poings serrés, sourire Béa?
Elle cache sa douleur sous cet état:
Son coeur est rythmé par les peurs.
Combien de nuits jusqu’à l’éveil?

Plus de battement pour les beaux jours,
Plus de sourire pour ses amours,
À quoi bon vivre cette angoisse?

Dans un soupire, elle se délaisse,
Elle lâche un cri dans sa détresse:
Le vide remplace son visage dans la glace.

Désir, peur, plaisir, frayeur, Abnégation !
La voici trahie par vos passions.

Sweet Canari

Boulimie sentimentale

J’avale. J’engloutis. J’aspire.

Tout.

Je veux effacer ce vide au creux de mon corps. Cet espace infini qui refuse de se remplir. J’ai beau tenter d’y enfourner de grandes pelles de tout, il n’y a rien.

Rien.

J’attache l’ouverture, je la couds, je l’agrafe. Tout ce qui peut la refermer est utilisé.

Mais ça ne sert à rien.

Tout finit toujours par ressortir. Dans de grandes expirations. De grands soupirs.

Mes bras s’agitent inutilement pour garder tout contre moi.

Quoi? Je l’ignore.

Je gonfle, je enfle, je prends de plus en plus de place. Pourtant, je m’efface toujours plus. Et je suis de plus en plus vide.

 

Je mange. Je me goinfre. Je bouffe.

Alors…

Pourquoi ai-je toujours aussi faim?

 

 

illustration sombre